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Numéro 84

Yolène Dilas-Rocherieux

L’UTOPIE OU LA MÉMOIRE DU FUTUR

Robert Laffont, Paris, 2001
407 pages
43,95 $

On trouvera ici une vue d’ensemble de la production hétéroclite des discours de l’utopie alliant la projection de la « société inversée » à la visée du bonheur commun. De Thomas More jusqu’à Lénine en passant par l’idéal révolutionnaire de Babeuf et les idées du socialisme utopique chez Saint-Simon, Owen, Fourier et plusieurs autres, l’auteur nous entraîne sur un terrain difficile à cerner se situant quelque part entre la lutte politique, la description d’une société idéale et l’expérimentation sociale.

Partant d’abord du repérage des origines du discours utopique qui imprégna l’espace de la modernité, Yolène Dilas-Rocherieux identifie une « matrice féconde » chez le penseur et philosophe Thomas More. Elle nous convie par la suite à une exploration de ces « paysages du souhait » qui ont façonné les dimensions de l’utopie. Au cours des derniers siècles s’est ainsi élaborée une description surprenante de multiples sociétés imaginaires autour des formes de regroupement des individus, de la définition des échanges et du partage des richesses et enfin, de la nature ainsi que de place du travail.

Mais qu’en est-il de la relation particulière entre utopie et communisme qui marqua profondément le XXe siècle ? Cette interrogation est au centre du propos de l’auteure qui tente de démontrer comment l’utopie prise dans sa force émancipatrice fut l’objet d’une instrumentalisation dans le cadre du projet communiste. Ici, on tente d’arrimer solidement l’utopie aux moyens politiques de sa réalisation. De l’organisation partisane à la constitution d’un régime politique, utopie et programme politique cherchent à se confondre en un axe mobilisateur pour la construction du socialisme. Mais l’utopie communiste se structure autour d’une « orthodoxie » nous dit l’auteure combinant une approche scientiste que l’on retrouverait chez Marx, un recours à la violence révolutionnaire déjà présent chez Babeuf mais exacerbé par l’expérience bolchevique de 1917 et enfin la persistance d’une option téléologique incarnée par la mission du prolétariat consacrée à l’aménagement d’une société nouvelle. Quoique rejeté pour son idéalisme, le discours utopique a quand même grandement contribué à nourrir le socle idéologique du projet communiste. Positivisme, volontarisme politique et justification de la violence auraient donc imprégné le détournement du discours utopique au sein de l’univers du communisme contemporain.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21