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Numéro 115

François Ouellet, François Paré

LOUIS HAMELIN ET SES DOUBLES

Nota bene, Québec, 2008
262 pages
25,95 $

Louis Hamelin et ses doubles de François Ouellet et François Paré présente une manière neuve d’appréhender l’œuvre d’un auteur contemporain. L’ambition des essayistes était de cartographier les diverses dimensions de la production de Hamelin en faisant jouer, en parallèle, deux lectures distinctes qui en viendraient à se relancer. La forme de la correspondance ici reproduite signale le caractère mobile de la réflexion menée, qui passe d’un enthousiasme premier pour l’écriture de Hamelin à une certaine désillusion, notamment à propos du Joueur de flûte. Rares sont les essais qui donnent à lire ce risque de la découverte, de l’appréhension d’une œuvre sans le filet d’une lecture déjà complétée.

La structure de l’essai reprend les romans un à un, chaque auteur y allant de sa lecture, agrémentée de réflexions plus personnelles, de détails d’écriture et de témoignages d’amitié jamais trop poussés. L’échange aurait pu néanmoins être plus vif, en ce sens que la correspondance appelle à revenir sur les propos antérieurs, sur les apports de l’autre. Or, les lectures défilent sans que les œuvres fassent l’objet de plusieurs analyses subséquentes. Si une œuvre forte comme Le soleil des gouffres suscite réaction et polémique, il aurait été bien de multiplier les lettres à ce propos. Avec la structure actuelle de l’échange, le caractère panoramique du parcours littéraire de Hamelin est bien dégagé, les réflexions en soi sont fort pertinentes, souvent convaincantes, la plupart du temps éclairantes (la mise en situation des romans aurait néanmoins pu à l’occasion être précisée), mais on glisse trop rapidement sur les divergences d’interprétation.

L’échange épistolaire, agrémenté de quatre études plus spécifiques, donne le goût de retourner aux romans de Hamelin, révèle des pistes intéressantes, notamment sur la dimension écologique des récits, sur le caractère liminaire des personnages, sur le bestiaire mis en scène et sur la dimension continentale et amérindienne de la vision du Québec proposée par Hamelin. Paré et Ouellet ont chacun leurs intérêts propres, leur angle d’analyse, et si le parcours donne nécessairement lieu à quelques redites, pour l’essentiel on sent bien que l’échange modifie leur démarche, ce qui rend l’approche plus dynamique. Voilà donc deux penseurs à l’œuvre, en direct, ou presque, ce qui constitue en soi une raison suffisante (parmi de multiples) de lire cet ouvrage, pour entrer, sur la pointes des pieds, non pas dans l’atelier du romancier, mais dans celui des deux essayistes.

Publié le 25 juin 2009 à 21 h 56 | Mis à jour le 4 novembre 2014 à 14 h 01