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Jean-Marc Loubier

LOUIS DE FUNÈS

PETITES ET GRANDES VADROUILLES

Robert Laffont, Paris, 2014
556 pages
34,95 $

Visage hilare au naturel, face crispée et irascible au grand écran : Louis de Funès (1914-1983) a fait rire des générations après avoir trouvé sa voie grâce à ce personnage typé d’un petit Français mesquin et impatient dont il a eu par la suite bien du mal à se débarrasser. Né de parents espagnols, Louis de Funès acquiert la célébrité internationale sur le tard, à cinquante ans, en volant – malgré lui – la vedette à Jean Marais dans Fantômas (1964) ; au départ, ce comique jusqu’alors confiné aux rôles secondaires devait simplement servir de faire-valoir au bel héros des films de Jean Cocteau et du Comte de Monte-Cristo. Et la série des gendarmes de Saint-Tropez… Et La Grande vadrouille (1966), véritable exutoire pour la France, qui se moque du cauchemar de l’Occupation nazie. Dès les années 1960, Louis de Funès est l’acteur français le plus demandé, et le mieux payé, ce qui inévitablement créera des jalousies.

La biographie minutieuse que consacre Jean-Marc Loubier à Louis de Funès nous fait suivre les étapes les plus méconnues de la carrière de ce travailleur infatigable et nous permet de découvrir en privé un homme très différent de ses personnages : « Les gens me croient agacé, froid, distant ; je ne suis que timide ». On découvre presque à chaque page une citation de l’acteur qui permet de mieux le comprendre : « Tous les souvenirs, même les pires, deviennent bons avec le temps ». Mais surtout, ce livre fouillé fait sortir de l’ombre près d’une centaine de films obscurs des années 1950 dans lesquels ce même acteur jouait de petits rôles secondaires dans des compositions intelligentes et subtiles, alors qu’il pouvait prendre part jusqu’à dix tournages (!) par an. C’est le principal apport de ce livre. À ses débuts, le jeune Louis de Funès a même joué dans deux films réalisés par le grand Sacha Guitry, qu’il admirait : La Poison (1951) et Je l’ai été trois fois (1952) ; mais pratiquement personne ne retint ses performances, la critique parisienne n’ayant d’yeux que pour les vedettes du temps comme Michel Simon. Quelques années plus tard, seul le jeune critique François Truffaut semble remarquer son jeu créatif dans La Traversée de Paris (1956), de Claude Autant-Lara. Même après avoir atteint la consécration, l’acteur légendaire se renouvelle toujours dans une comédie musicale innovante (L’homme orchestre, 1970), puis dans une adaptation de L’avare de Molière (1979), l’auteur humaniste qu’il vénérait.

À elle seule, la filmographie en fin de volume dépasse une quarantaine de pages. Jean-Marc Loubier donne à Louis de Funès sa biographie définitive.

Publié le 28 septembre 2015 à 9 h 46 | Mis à jour le 6 octobre 2015 à 16 h 19