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Danielle Laurin

LE ROMAN DE RENÉE MARTEL

Québec Amérique, Montréal, 2014
248 pages
27,95 €

Icône de la chanson populaire, Renée Martel a incarné à elle seule la musique des années 1960 au Québec. Sa voix émouvante a fait d’elle l’une des chanteuses québécoises les plus populaires des années 1960 et du début des années 1970, juste avant sa réorientation vers le country. D’ailleurs, le coffret quintuple qui lui a été consacré l’an dernier donne un portrait contrasté de son répertoire, entre populaire et country. Mais toujours, sa voix est restée magique. N’étant pas musicienne, Renée Martel ne compose pas ; mais elle a écrit des paroles en français sur des mélodies anglo-saxonnes, telles que celles de « Je vais à Londres » (une adaptation de « Next Trip To London »), « Un certain soir » (« The Night Before » des Beatles) et son premier succès country, « Un amour qui ne veut pas mourir » (« Never Ending Love For You »). Loin de copier ces chansons de langue anglaise, Renée Martel les parachevait dans des versions en français.

En dépit de son titre, la biographie que lui consacre Danielle Laurin n’est pas un roman, mais un récit de sa vie intime, faite de succès et d’épreuves : sa jeunesse sans attaches fixes, sa relation conflictuelle avec son père (lui-même artiste et pionnier de la chanson country), ses débuts dans le petit monde de la chanson, le succès mérité alors qu’elle n’a que vingt ans, ses amours malheureuses, ses fréquentes décentes aux enfers et ses nombreux déboires de toutes sortes. Au sortir de sa thérapie et de sa désintoxication, Renée Martel avait d’ailleurs fait paraître son autobiographie, Renaissance, en 1983.

En lisant ce livre, on peut admirer la résilience de Renée Martel devant l’adversité : peu de chanteuses ont pu réussir autant de retours à la scène après tant de retraits de la vie artistique. Malheureusement, la période où elle est devenue immortelle (entre 1968 et 1972) est ici résumée en seulement six pages. C’est bien court pour expliquer une légende comme il en existe peu au Québec. Le style de Danielle Laurin est concis ; cependant, on regrette aussi de ne pas trouver suffisamment de détails sur le travail de la chanteuse : le choix du répertoire (si déterminant), les répétitions avec les musiciens, le travail en studio, son implication dans le mixage et la production des disques. Il faudra encore d’autres biographies de la grande Renée Martel.

Yves Laberge


Publié le 28 septembre 2015 à 9 h 42 | Mis à jour le 6 octobre 2015 à 16 h 20