Jean Charlebois

L’OISELIÈRE

L’Hexagone/Paroles d’Aube, Montréal, 1998
219 pages
19,95 $

Cette entrée en prose d’un vétéran parmi nos poètes ne devient un roman que très progressivement. On peut en effet lire tout L’oiselière, hor­mis la courte annexe finale, comme une série de lettres ou de fragments d’un journal intime, puisque cette écriture cathartique vient non pas raconter, mais combler de mots le fossé ouvert par la mort prématurée de l’être aimé. Il s’agit comme le dit l’auteur en préface d’« un livre sur l’amour, un roman-vérité inventé peut-être » où le statut ambigu des interlocuteurs joue un rôle d’amplification, toutes les femmes dont il est question étant liées, parfois jusqu’à se fondre, par un imaginaire aux prises avec le silence du monde.

D’une construction habile et soutenue par un talent sûr, cet ouvrage amène, entre le déses­poir et l’érotisme qui s’y expriment, une interrogation sur la place du désir aujour­d’hui, car tout comme chez Dostoïevski le salut du monde y est lié à la beauté. Postulat quasi inassumable dans la soli­tude par le personnage prin­cipal, qui n’est pas un trans­met­teur de lumière né comme l’était la disparue sans nom dont le souvenir le sauve de l’apa­thie sans toutefois accroî­tre suffisamment sa force inté­rieure. La mystique amoureuse de cet écrivain déchu, de plus en plus tourné vers le fantôme de sa compagne à mesure que le livre suit son cours, supporte en effet mal le quotidien et se rapproche subtilement d’une mystique suicidaire.

On sent dans ces pages que le poème n’est pas loin, qu’il irrigue un récit où perce une voix vite familière éprise de len­teur et d’introspection. Beau­­coup plus lyrique qu’au­tre­fois, Jean Charlebois brosse à l’intention des années futures un puissant manichéisme entre amour et néant.

Publié le 1 avril 2015 à 12 h 38 | Mis à jour le 1 avril 2015 à 13 h 28