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Sous la direction de Bernard Andrès, Zila Bernd

L’IDENTITAIRE ET LE LITTÉRAIRE DANS LES AMÉRIQUES

Nota bene, Québec, 1999
267 pages
24,00 $

Résultat d’un séminaire consacré à l’identitaire tenu à l’Université du Québec à Montréal à l’automne 1997, cet ouvrage regroupe seize études interrogeant, plusieurs de manière aiguë, d’autres de manière un peu émoussée, les modes de structuration, autour des XIXe et XXe siècles, de l’imaginaire collectif de certaines jeunes littératures des Amériques, en particulier celles du Québec, des Caraïbes et du Brésil. On regrettera que, malgré le titre, pas une contribution ne traite des littératures états-unienne et latino-américaine de langue espagnole. Ces absences, qui font pour le moins symptôme, ne sauraient toutefois faire oublier la richesse des études présentées.

Qu’ils explorent les figures de l’hybridité ou les processus de nationalisation de la littérature québécoise, la mise en place du récit collectif des Québécois francophones ou l’inscription dans le tissu symbolique des collectivités des utopies de prolongement ou de rupture entre l’Ancien et le Nouveau Monde, tous les auteurs des textes de la première partie mettent en cause la relation fondamentale entre la mémoire et l’invention telle qu’elle s’étoffe dans le creuset des cultures. Plus engagée dans les perspectives comparatives, la seconde partie propose des analyses des tracés migrants multipliés par le récit féminin caribéen, de la transgénéricité à l’œuvre dans le bouillonnement de la créolisation ; elle s’intéresse au rejet, par l’écrivain trinidadien Samuel Selvon, de la mythique pureté britannique et à la critique féministe de l’identité masculine à travers des stratégies de recyclage textuel et sexuel. Tout cela sans compter une stimulante lecture du déplacement de la culture minoritaire québécoise sur le terrain des cultures dites majoritaires, ce qui la rend apte à informer avec d’autres le futur planétaire.

De quoi ouvrir le débat qui occupe la dernière partie, on ne peut plus polémique, autour de différentes visions de l’identité, congruentes, parallèles ou franchement opposées. Je ne sais pas si se porter à la défense de la pensée archipélique aujourd’hui à la mode avec l’hégémonie du discours de la mondialisation comme un auteur s’y emploie aide à faire vraiment avancer les choses. Je pense en tout cas que prendre cette position en considération amène à sortir de la dichotomie natal/national pour vivre tous les mouvements de l’autre, être à l’écoute de ses résonances et dissonances. C’est alors que la musique des sphères s’enrichit.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 9 h 14