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Jérôme Élie

L’HOMME QUI PESAIT PLUS LOURD NU QU’HABILLÉ

La Pleine Lune, Lachine, 1999
134 pages
18,95 $

Après Dieu en personne, recueil de nouvelles, et La morte du pont de Varole, roman, Jérôme Élie continue à manier l’étrangeté et le sens du mystère. L’homme qui pesait plus lourd nu qu’habillé raconte des fragments de l’histoire d’un personnage énigmatique. Qui est donc cet homme dont la différence pondérale évoquée par le titre est attestée par les scientifiques bien qu’ils la jugent impossible ? Que sait-on de lui à part le fait qu’il a, un temps, déstabilisé le monde avec son invention, Verity, machine à détecter les mensonges, à débusquer les hypocrisies sociales et à en mesurer la gravité, au seul son de la voix ?

Si l’histoire étonne, c’est la narration surtout qui entraîne le lecteur dans une incessante recherche de sens, voire de clés. Dès l’exergue, bizarrerie : un passage en français, tiré de The Man who Is Heavier Naked than Dressed, ouvrage attribué à Olive Sacks, devient par la suite un indice que « [l]es choses ne sont pas ce qu’elles semblent ». Après le prologue, une voix narrative en vous — qui confère une sonorité particulière à la narration au passé : « Aussi vous tûtes-vous » — s’adresse à l’homme qui vient de mourir au volant de son bolide et lui rappelle son passé. « Quelle est donc cette voix qui me parle ? Telle est votre question. » Cette voix n’a de cesse de semer la confusion quant à sa provenance — « […] ce n’est pas votre voix, à moins que ce ne soit votre voix […] » —, juxtapose des sens incompatibles — « Comment, existant, n’avoir pas vu que vous n’existiez pas ? » —, construit le « thème récurrent de l’irréalité du monde » par un tissu de réflexions au sujet des « apparences trompeuses », de la littérature de fiction, « [f]ictions pour entretenir la fiction baptisée ‘ réalité ’ […] », de la vie et de la mort, de la vérité et du mensonge.

Roman à teneur philosophique auquel Jérôme Élie a su insuffler une bouffée de légèreté, grâce à un style poétique, à des jeux de mots et à un habile suspense, L’homme qui pesait plus lourd nu qu’habillé met à contribution les aptitudes ludiques du lecteur.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 24 décembre 2014 à 14 h 52