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NUIT BLANCHE

Le Maroc, pourtant lu à travers ses humains, n’est peut-être, malgré tout, qu’un détour du cœur. Quand Luc s’éloigne du Québec, est-ce pour ne plus sentir sur lui le regard accusateur de Patricia ou pour vraiment s’immerger dans un autre monde ? D’ailleurs, qui sait si elle le rendait vraiment responsable de la disparition de leur fils, n’a-t-il pas bêtement converti en reproche ce qui n’était que le regard pétrifié d’une mère blessée ? Comment savoir ?

Chose certaine, le Maghreb replace Luc face aux questions qu’il voulait éluder. Jawad lui sert de chauffeur, mais il est également, dans tous les sens du terme, un guide. Opaque, déroutant, sibyllin jusque dans ses propos les plus quotidiens, il dépouille Luc de toutes ses certitudes. Malika, qui n’entend que ce qu’elle veut, qui oscille à son gré entre six et dix ans, le fait passer tantôt pour un roumi naïf tantôt pour un autre de ces Occidentaux vicieux. Luc a beau inventer pour la fillette des paraboles sentencieuses, elle lui fait perdre ses balises. S’il pensait fuir, c’est raté. Son dépaysement n’en est plus un.

Œuvre bellement insaisissable, le livre d’Albert Martin semble dire qu’il n’est de vrai voyage qu’à l’intérieur de soi et que l’exotisme ne produit de fruits que s’il enracine.

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