Pierrette Fleutiaux

L’EXPÉDITION

Gallimard, Paris, 1999
456 pages
29,95 $

Angèle Lapérierre, auteure de livres de voyages, entreprend une expédition à l’île de Pâques surtout pour combler le vide laissé par la mort de son compagnon de vie. Elle n’est pas seule, deux amies l’accompagnent : Charlotte Delépine, professeure à la mine sévère, et Monica Martinière, biologiste hédoniste, portée sur la gent masculine ; Olivier Banks est invité à se joindre à l’équipée, en sa qualité de comptable. Le prétexte du voyage est de percer le « mystère du monde », et l’île de Pâques regorge de mystères. Le roman se présente sous la forme des récits de voyages des grands explorateurs des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment ceux de Jean-François Lapérousse, capitaine français qui explora l’île de Pâques en 1786.

Les membres de l’équipe du « capitaine » Lapérierre tentent de s’acclimater dans l’île, mais n’arrivent pas à échapper au sentiment d’être des intrus. Ils manquent de ressources financières, ne disposent pas de véhicules, contrairement à l’équipe de cinéma présente dans l’île pour le tournage d’un film de fiction. À force de ténacité, ils arrivent malgré tout à arpenter l’île du nord au sud et d’est en ouest. Ils sont impressionnés par son isolement, par les légendes entourant les Moai, les grands visages emblématiques, et par la vie des habitants, les Pascuans.

L’équipe est peu à peu affectée par le climat de l’île et Angèle Lapérierre se demande dans quelle galère elle s’est embarquée avec son équipage. Tout va à vau-l’eau.

L’expédition est un roman très français. Les protagonistes le sont de façon presque caricaturale : ils se prennent à regretter les événements qui ont fait que l’île n’est pas française, que Jean-François Lapérousse se soit fait damer le pion par James Cook, que les noms français des lieux d’abordage de l’île soient tombés dans l’oubli, remplacés par des noms anglais, que les autres colonies françaises du Pacifique Sud soient si éloignées, alors que si l’île de Pâques était française, presque tout le Pacifique Sud s’en trouverait français ; finalement, ils se désolent que le Chili se soit accaparé l’île et y ait imposé l’espagnol comme langue officielle. La mentalité coloniale est difficile à extirper de l’âme française !

Ce récit à force d’aller dans toutes les directions ne va nulle part. Alors que Pierrette Fleutiaux nous avait éblouis avec son chef-d’œuvre, Nous sommes éternels , récit foisonnant mais lumineux et d’une force d’évocation rare, elle déçoit dans celui-ci, malgré quelques bons moments.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 26 décembre 2014 à 9 h 42