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David Homel

L’ÉVANGILE SELON SABBITHA

Trad. de l'anglais par Daniel Poliquin
Leméac/Actes Sud, Montréal/Arles, 1999
333 pages
29,95 $

« Tout ce qui était interdit est maintenant permis, annonça Sabbitha. La transgression entraînera l’avènement d’une ère nouvelle. » Voilà le précepte de l’évangile selon Sabbitha. Mais d’où vient donc à la jeune femme le pouvoir de déchaîner les passions tout le long de la Côte du Salut ? Sabbitha a vingt ans, elle est belle et sensuelle. Elle vient d’un village où on se méfie de la beauté, où « un homme [a] intérêt à taire ses passions ». C’est pourtant là que Sabbitha a été initiée à l’amour par l’oncle Tommy. Quoique bourrelé de remords, celui-ci lui « faisait régulièrement l’amour […] à la lisière des champs, sur les berges de la rivière Sandspur », jusqu’à ce qu’il déguerpisse au premier bruit de scandale. Sabbitha, elle, violait allègrement le tabou, se disant : « Si j’ai envie […], ça ne peut être mal. »

La fuite de Tommy le lui fait considérer « comme un pleutre bavard, incapable de la moindre originalité ». Libre à la mort de ses parents, elle quitte son village, sans destination précise, avec une seule idée en tête : exercer le pouvoir que lui donnent sa beauté et son audace. Nathan Gazarra, le vieux colporteur juif qu’elle rencontre sur une route déserte, lui en fournira les moyens. L’idée de changer le monde tourmente l’immigrant juif depuis son plus jeune âge. Aveuglé par l’amour que Sabbitha lui inspire et par l’emprise qu’elle exerce sur les habitants de la Côte du Salut, il voit en elle le messie dont il espérait tant la venue. Sa mission ? Détruire l’ancien monde pour rendre possible l’avènement du nouveau. Le colporteur se fait prophète. Quant à Sabbitha, elle se découvre « un talent insoupçonné pour le théâtre ». L’ignorance, la naïveté, les désirs frustrés de l’arrière-pays étasunien lui fourniront l’occasion d’exercer son pouvoir jusqu’à plus soif.

Les premiers chapitres du roman fascinent, mais l’intrigue s’enlisant, la deuxième moitié déçoit. Le thème de l’œuvre, le style remarquable et le ton incisif de Homel, on ne peut mieux servis par la traduction invisible de Poliquin, rachètent cependant le scénario quelque peu répétitif des transgressions de Sabbitha et de ses disciples.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 16 h 54