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Numéro 119

Miriam Toews

LES TROUTMAN VOLANTS

Trad. de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
Boréal, Montréal, 2009
318 pages
25,95 $

Larguée par son amoureux, Hattie quitte précipitamment Paris pour se rendre auprès de sa nièce Thebes, onze ans, et de son neveu Logan, quinze ans : Min, leur mère, refuse de se lever. Aux prises avec les démons qui la tourmentent depuis toujours, Min, déprimée, suicidaire, baisse une fois de plus les bras Hattie connaît trop bien l’inaptitude de sa sœur pour la vie : « J’avais envie de lui demander pourquoi elle regrettait d’être née, s’il s’agissait d’un regret dévorant, genre coup de poignard dans le cœur, ou d’un regret intermittent, passager, comme une dent branlante qu’on triture du bout de la langue, de temps en temps. Je ne trouvais pas les mots. Je ne savais pas comment je répondrais à la réponse ».

Ayant toujours refusé d’aider sa sœur à mourir, malgré ses nombreuses requêtes, Hattie tentera d’aider ses enfants à vivre. Dépassée par les événements, elle décide de partir à la recherche de Cherkis, le père des enfants, évincé par leur mère au cours de leur petite enfance. S’ensuit un long périple qui mènera l’étrange trio à Calexico, à la frontière du Mexique.

La majeure partie du livre se passe donc sur la route, et dans des havres d’un soir, des motels bon marché. Dans l’univers instable où ils évoluent, les personnages de Miriam Toews n’ont d’autre choix que de fuir. Noyer une peine d’amour et fuir pour un temps une sœur qui n’aspire qu’à mourir, se détacher d’une mère inapte, franchir les limites d’une vie sans horizon et nouer une relation avec un père inconnu… Dans Les Troutman volants, Miriam Toews met en scène des êtres aux sentiments ambigus devant une réalité douloureuse : la folie d’une personne aimée. Elle traite ce thème avec doigté et son roman est empreint d’une touchante tendresse.

Publié le 13 novembre 2010 à 16 h 11 | Mis à jour le 15 février 2015 à 8 h 02