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Numéro 163

Ulla Lenze

LES TROIS VIES DE JOSEF KLEIN

Trad. de l’allemand par Pierre Deshusses
Lattès, Paris, 2021
355 pages
34,95 $

Arrivé à New York en 1925, Josef Klein s’y trouve toujours pendant l’année tumultueuse qu’est 1939. La guerre est alors imminente en Europe, et des Allemands expatriés s’agitent dans la métropole américaine. Il devient bientôt épineux pour Josef de se tenir à l’écart de l’ébullition ambiante…

Ulla Lenze a publié quatre romans à ce jour, et Les trois vies de Josef Klein est le premier à avoir été traduit en français. Pour la genèse de ce livre, elle s’est inspirée de la vie de son grand-oncle, dont elle a conservé le nom dans son texte. Comme le titre le laisse entendre, ce récit romancé se déroule en trois temps : en 1939-1940, à New York ; en 1949, à Neuss en Allemagne ; puis de 1949 à 1953 en Argentine et au Costa Rica.

Immigrant solitaire perdu dans l’effervescente ville de New York de 1939, Josef Klein se passionne pour la radio amateur, qui lui permet de communiquer avec des personnes se trouvant à des milliers de kilomètres. Son expertise dans ce domaine et ses origines allemandes vont finir par susciter l’intérêt de certains membres du Bund germano-américain. Il se verra alors entraîné, plutôt à son corps défendant, dans une étrange aventure qui, malgré son caractère hasardeux, se révélera quasi saugrenue.

Ulla Lenze insère habilement son récit dans les événements historiques marquants de l’époque et du lieu : les activités du parti nazi américain, les distributions de prospectus, les affrontements entre fascistes et antifascistes, le grand rassemblement nazi au Madison Square Garden en février 1939, etc. Dérouté au sein de ce chaos dans lequel il est amené à prendre fait et cause pour son pays d’origine, Josef Klein n’en demeure pas moins épris de l’Amérique, au point de rêver d’y revenir dès que possible, après en avoir été expulsé à la fin de la guerre.

Se révélant plus le jouet de certains meneurs qu’un acteur activement impliqué dans les intrigues qui se tissent autour de lui, Josef Klein attire la sympathie. Ne se laisse-t-il pas simplement entraîner par les événements ? D’ailleurs, ces intrigues auxquelles il est mêlé sont-elles bien ce qu’elles paraissent être ?

Voilà un récit palpitant et présenté dans une langue élégante et inspirante. Un exemple : « À midi les enfants rentrent de l’école. […] Ils rient. […] Ils apportent du soleil glané sur le chemin du retour ».

Publié le 27 juillet 2021 à 10 h 01 | Mis à jour le 27 juillet 2021 à 10 h 01