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NUIT BLANCHE

Deux idées résument l’essentiel de cet essai. D’une part, l’époque de la mondialisation économique serait marquée par une sérieuse « désagrégation » des mécanismes de la démocratie et par le pouvoir accru des multinationales de contrecarrer les décisions des États. D’autre part, « réalisme » politique et adaptation diligente au néolibéralisme caractériseraient dans ce contexte le cours actuel du gouvernement du Parti québécois. De plus, l’arrivée de Lucien Bouchard au PQ aurait consommé la domestication du parti par le gouvernement, de même qu’elle aurait introduit une rupture dans son orientation autour de trois axes : la souveraineté, la défense du français et la social-démocratie. Il y aurait eu « détournement » du Parti québécois laissant ses militants « orphelins » et sans projets.

On pourrait croire qu’il y a là de solides arguments pour repenser l’action et la représentation politiques dans notre société ou encore pour dévoiler l’impasse du projet indépendantiste sous la gouverne du PQ. Hélas, l’auteur n’envisage que timidement une solution de remplacement et persiste en fin de volume à espérer une reprise en main du PQ par les « vrais souverainistes » ! Espoir qui devait être, par ailleurs, cruellement anéanti lors du Congrès national de mai dernier… Ainsi, malgré une approche qui ouvre des pistes prometteuses pour la critique de l’orientation sociale des politiques gouvernementales, du régime interne du PQ et, finalement, de la direction de Lucien Bouchard, l’auteur s’arrête au pied du gué… et il refuse de le franchir !

La compréhension des choix sociaux du gouvernement péquiste bénéficie certes d’une mise en contexte avec la mondialisation. Par contre, lorsqu’il s’agit d’appréhender la question de la souveraineté et de l’opposition aux mesures néo-libérales, l’auteur n’arrive pas à envisager de nouvel horizon politique sans le PQ. C’est là que se situe le talon d’Achille de ce réquisitoire et que l’auteur fait preuve d’une profonde ambiguïté entre la portée de ses critiques et la conclusion politique qu’il en tire. De dangereuses illusions sont ainsi entretenues : l’idée qu’une majorité « vraiment » souverainiste pourrait entreprendre une lutte conséquente contre le néolibéralisme ou encore la découverte d’un « inquiétant virage » dans la stratégie souverainiste vue comme un « détournement » et non comme le prolongement d’une trajectoire, déjà entamée sous le gouvernement de René Lévesque.

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