Numéro 80

Claude Vaillancourt

LES ONZE FILS

Triptyque, Montréal, 2000
615 pages
25,00 $

Les onze fils ou la saga des Francœur commence ainsi : David Francœur, le père, vient de mourir subitement, laissant deux veuves, de nombreuses maîtresses, onze fils et un véritable empire financier dans le domaine de la communication. La famille se réunit pour les obsèques et apprend du notaire que la lecture du testament est soumise à une condition : Nicolas, le plus jeune des fils, doit au préalable prendre connaissance du contenu d’une enveloppe que son père a laissée à son intention. En attendant de retrouver Nicolas parti en voyage sans laisser d’adresse, le récit revient sur chacun des personnages masculins du roman. Un narrateur anonyme brosse, en douze parties, un portrait du père et de ses onze garçons ; il nous dévoile leurs secrets et leurs faiblesses, leurs vies sentimentales, leurs réussites et leurs échecs, leurs joies et leurs peines. Le passé refait surface et dévoile des vécus très différents.

L’histoire, au début, retient l’intérêt du lecteur, mais cette immersion dans l’intimité des personnages s’éternise. Le portrait de famille qui s’étire sur près d’un demi-siècle se transforme en un catalogue, qui aurait pu être parodique, des lieux communs convenus des romans-feuilletons américains : le pauvre qui réussit, les retrouvailles familiales, l’argent et le sexe, l’épouse trompée et soumise. Les « sociotypes » des fils complètent le cliché : on a l’ambitieux, le médiocre, l’alcoolique, le drogué, l’artiste, l’intellectuel, le sportif, le séducteur, l’homosexuel ; il ne manque que le bon flic noir ! Le tout dans un style sans cachet : des dialogues aussi caricaturaux que les personnages fabriquent du pathos en mauvais français : « Et si Marcel aurait pu protéger ton père pendant la guerre. »

Les différentes parties se lisent comme des monographies successives : le roman ne parvient pas à prendre corps. Difficile de comprendre ce qu’il y a à lire : si les fils avaient été douze comme les apôtres, je me serais risquée à une interprétation théologique du roman ; mais à onze, on ne peut que jouer au soccer. Si le suspens est maintenu jusqu’au bout, en revanche, la résolution de l’énigme – que peut bien contenir cette enveloppe qui conditionne la lecture du testament et la distribution de l’héritage ? – tombe à plat.

Ce huis clos « psychologisant » – les allusions au contexte social sont rares – ne mène finalement nulle part et l’on partage l’agacement de l’un des fils qui, découvrant pour finir le contenu de la fameuse enveloppe, s’exclame : « C’est pour ça qu’on a attendu si longtemps » !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 26 novembre 2014 à 14 h 35