L’analyse de l’œuvre d’un auteur peut se faire par plusieurs voies. Premièrement, la royale, à savoir les textes manuscrits et publiés de son vivant ou pas. Puis, la secondaire, soit la correspondance, qui permet de constater les influences et les doutes, en amont comme en aval d’une ou de plusieurs œuvres. Finalement, les marginales, celles découvertes une fois l’auteur décédé, par les chercheurs curieux et patients. Dans ce groupe se retrouvent les notes écrites à la main dans les marges de documents, qu’il s’agisse de livres, d’épreuves ou de carnets personnels. Bien que souvent plus difficiles d’accès parce que mal identifiés, oubliés ou négligés, ces matériaux sont riches en découvertes et en analyses, car, selon Jacinthe Martel, elles recueillent « les traces des sentiers imprécis que l’écrivain a pu emprunter ». Vestiges de l’écriture, cette matière rare peut se transformer en terreau fertile avec lequel le connaisseur peut réussir à peaufiner son analyse ou confirmer certaines intuitions. Jacinthe Martel souligne que « malgré leur caractère lacunaire, voire chaotique, et bien que la nature et la fonction de ces objets puissent varier d’un écrivain à un autre, les marges proposent, de diverses manières, un accès privilégié à l’invention ».
C’est ainsi que ce livre propose en première partie une analyse du matériel de cinq auteurs différents, à savoir Jean-Pierre Issenhuth, Patrick Straram, Paul-Marie Lapointe, Gatien Lapointe et Gaston Miron. La seconde partie est consacrée au carnet avec les réflexions d’André Carpentier et d’André Major à propos de cet outil si personnel. Si la première partie présente une analyse pointue s’adressant à des connaisseurs des auteurs et de leur œuvre, la seconde, qui est une analyse des utilisations du carnet de notes personnel, intéressera tout individu convaincu qu’une application de téléphone intelligent ne peut remplacer le plaisir d’écrire à la main. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, la marge d’un livre et le carnet étant les derniers remparts où l’électronique n’a pas droit de cité.