On peut penser que Sylvain Rivière a choisi les seize contes de ce recueil parmi ceux qu’il a publiés depuis 1989 parce qu’il les trouvait représentatifs de ceux qu’il avait écrits et qu’il souhaitait leur donner une seconde vie. Les livres s’épuisent, mais l’œuvre demeure. Un florilège en quelque sorte. Il est seulement dommage que l’éditeur n’en fasse pas mention.« Le Gaspé-Comté » et « Joachim Dion, crémologue », deux nouvelles publiées dans La s’maine des quat’ jeudis (1989), donnent la mesure du talent de conteur de Rivière et les clés thématique et stylistique des œuvres suivantes.Toutes les nouvelles de Rivière se situent en Gaspésie, la plupart dans la baie des Chaleurs, souvent dans la région de Carleton, d’où il est natif. Une Gaspésie plus mythique que réelle, façonnée par la tradition orale et par la démesure propre aux contes. Sans faire appel au fantastique, Rivière invente des histoires qui se jouent du réalisme tout en se basant sur un fond de vérité. Ainsi William Barriault rénove le Barlicoco, un vieux rafiot à l’abandon qu’il transforme en le Gaspé-Comté, « faisant le jars, le cou en rond, cravaté dans un beau pavillon neuf aux armoiries des Barriault qui semblaient vouloir moucher les étoiles du revers du vent d’est ». Armoiries pour le moins imaginatives inventées pour la circonstance. Et voilà William et ses deux frères voguant vers la gloire et la fortune. Malheureusement, le Gaspé-Comté coule, obligeant les trois frères à se réfugier à Anticosti où ils finiront leurs jours plutôt que de revenir honteux à leur port d’attache. Une histoire presque tragique, animée par la verve de l’auteur, mâtinée d’une touche d’humour et saupoudrée de tendresse. Cette technique, qui joue avec l’oralité d’une langue inspirée du dialecte gaspésien, Rivière l’utilise dans tous ses contes, du plus ancien au plus récent.Quand Peau de Chagrin (Trousse-Jupon, 2017) prend la parole, on pourrait croire qu’il s’agit de Sylvain Rivière : « Le seul vrai pays de ses chairs dort au mitan de nos croyances populaires. C’est un pays d’Éden où il ne fait jamais froid, où l’on a jamais faim, où il fait bon parler dans sa langue sans avoir à poser un numéro sur le verbe à franciser ». Alors l’errante qu’est Peau de Chagrin trouve en Ambroise, le vieil ermite, l’âme sœur avec qui elle pourra construire « le pays de ses discours coulant vers la mer intérieure ». Ainsi, affirme-t-elle, « le doute ne fait plus partie de mes croyances car le mot pays dort par-dessus la langue de nos errances ».La quête littéraire de Sylvain Rivière se confond avec celle de son pays, un pays défini géographiquement, mais qui échappe au temps, et dont l’horizon se confond avec l’idée que l’auteur s’en fait. De livre en livre, de conte en conte, Il demeure fidèle à lui-même, fouillant inlassablement ce qu’il perçoit être la mémoire de son peuple avec une langue à nulle autre pareille. En soi, ce recueil donne une excellente idée du style et de la faconde de Rivière.
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