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Stephen Jay Gould

LES COQUILLAGES DE LÉONARD

Seuil, Paris, 2001
446 pages
38,95 $

Stephen Jay Gould est un de ces écrivains dont les livres vous donnent l’impression d’être plus intelligent. C’était vrai pour ses ouvrages précédents, ça l’est encore pour Les coquillages de Léonard. Moins par les bribes de connaissances scientifiques livrées que par l’art d’en faire l’amorce d’une réflexion pertinente sur nous-mêmes et sur le monde qui nous entoure. Plaisir rare.

Dans ce recueil d’essais parus dans la revue Natural History, à laquelle il collabore depuis plus de 30 ans, Stephen Jay Gould réitère sur différents tons ce credo fondamental : « Le signe égal mis entre évolution et progrès représente l’obstacle le plus fort dans la culture de notre époque, nous empêchant de comprendre correctement [la théorie de l’évolution des espèces de Darwin] la plus grande des révolutions scientifiques dans l’histoire de la pensée humaine ».

Dès lors, le défi des historiens de la vie consistera à en reconstituer le fil, à partir de traces disparates du passé semées comme autant de hiéroglyphes fossilisés en évitant l’homocentrisme. Piège difficile à esquiver illustre Stephen Jay Gould puisqu’en l’absence d’une « pierre de rosette » paléontologique, ces Champollion du discours de la vie suppléent au manque de référence objective par leurs a priori intellectuels ou moraux. « Tout savoir prend toujours naissance au sein d’un contexte social donné », écrit-il. Lire : les attitudes intellectuelles et culturelles à l’origine des théories scientifiques, aujourd’hui obsolètes, sont toujours des biais qui influent sur nos conceptions modernes du passé.

Tous les essais sont construits de la même façon : des détails précis et fouillés forment d’abord un matériau passionnant en lui-même (l’extraordinaire transformation du parasite « racine-tête », le mystérieux « élan » d’Irlande, la tragédie du dodo, etc.) et servent ensuite de tremplin pour discourir sur des généralités de plus vaste envergure comme la nature de la vérité ou la nature de la tolérance. Plus. Certains chapitres ‘ « La diète de Worms et la défenestration » ou « Un Cérion pour Christophe » par exemple ‘ n’ont d’autre but, dirait-on, que de proposer une ligne de conduite morale.

Livre d’un humaniste autant que d’un éminent scientifique, Les coquillages de Léonard réserve de grands bonheurs de lecture à qui se passionne aussi bien pour le « d’où vient-on ? » que pour le « dans quel monde vivons-nous ? ».

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21