Aller au contenu
Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Un quotidien de Québec mentionnait récemment que « le sentiment général en France est celui d’une période de flottement institutionnel très proche de la période prérévolutionnaire » (Le Soleil, 28 septembre 2005). Ce « sentiment » ne serait, toujours selon cet article, qu’un élément isolé d’une vaste tendance dans laquelle s’exprime un regain de popularité pour la période révolutionnaire. On y parle, entre autres, d’un opéra sur la Révolution française composé par Roger Waters (un des membres fondateurs de Pink Floyd), de divers films et docu-fictions tournés par Sofia Coppola ou Francis Leclerc, et, bien sûr, de livres sur Marie-Antoinette ou sur Robespierre Les 100 jours de Robespierre, Les complots de la fin est un de ces ouvrages.

Cet essai, rédigé par Jean-François Fayard, un spécialiste de la justice révolutionnaire, est destiné aux amateurs d’Histoire (avec un grand « H »), mais surtout à ceux qui s’intéressent à la petite histoire, à la vie de tous les jours dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle et aux détails de la terreur révolutionnaire au quotidien. Les amateurs de complots et de revirements politiques y prendront aussi un plaisir certain. L’auteur n’apporte peut-être rien d’absolument bouleversant, mais ses analyses de la psychologie du piètre dictateur qu’était Robespierre sont intéressantes et nous font connaître l’humain derrière la figure historique. C’est toutefois en fin de bouquin que Jean-François Fayard nous offre les pages les plus « surréalistes ». En effet, son « Bilan judiciaire de la Terreur » (incluant tableaux, graphiques, courbes et pourcentages) est un indubitable exemple de l’efficacité du génie humain mis au service du contrôle et de la cruauté. On y apprend, entre autres, que, sur un total de 5343 personnes, 2747 furent condamnées à mort, 239 furent déportées ou « condamnées à des peines de prison supérieures à vingt ans ». Dans 2298 cas, « le chef d’accusation est notoirement infondé ». Et, pour couronner le tout, « 34 % des personnes traduites au tribunal révolutionnaire » étaient des femmes, dont « une centaine âgées de moins de vingt ans ». Heureusement pour les Français, le « règne » de Robespierre n’a duré que 100 jours…

Enregistrement