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Sigmund Freud

« NOTRE CŒUR TEND VERS LE SUD »

CORRESPONDANCE DE VOYAGE, 1895-1923

Fayard, Paris, 2005
416 pages
42,95 $

Freud avait trois passions : la psychanalyse – bon, ça paraît évident -, l’archéologie – tout s’explique : il aimait fouiller les profondeurs – et les voyages. Freud aventurier au long cours ! Dans cette correspondance de voyage, il n’apparaît pas seulement comme l’homme des dogmes et des théories sur l’inconscient, bien qu’on ne soit jamais très loin d’une explication freudienne lorsqu’il visite un musée et découvre un paysage.

Dans ses carnets de route, il était d’une rare minutie : chaque détail sur ses découvertes de voyage est noté. Sur les cartes postales ou dans les lettres dont il abreuvait sa famille, Freud inscrivait d’heure en heure, jour après jour tous les arrêts sur image de ses périples qui, comme on l’apprend, n’avaient lieu qu’en septembre. En route, il était en contact épistolaire constant avec les siens et s’inquiétait dans ses télégrammes de ne pas recevoir de nouvelles quotidiennes de sa femme et de ses enfants qui, eux, restaient à l’autre bout du monde. Freud semblait être un homme affectueux qui appelait ses enfants « mes chéris » et signait ses missives d’un « Sigm » ou d’un « pa » tendre et attentionné.

C’était un érudit, bien évidemment. Son odyssée passe souvent par l’Italie comme pour mieux rassasier ses faims intellectuelles. Rome occupe une place particulière. D’ailleurs, il mettra des années avant de fouler le sol romain et pour s’expliquer cet acte manqué, il usera de la mythologie : Freud transformé en Hannibal qui s’interdit d’exaucer son vœu le plus cher.

Les villes italiennes, donc, lui fournissaient leur quota de découvertes muséologiques. Ainsi, le cœur de Freud tendait vers le sud. Mais c’est à Londres que le père de la psychanalyse éprouvera les plus grandes joies et c’est aux États-Unis qu’il obtiendra le plus franc succès.

Cependant, en entrant dans l’intimité de ce voyageur, on se questionne quant aux théories soutenues. Le suivre pas à pas permet de relativiser sa doctrine psychanalytique. Car cet homme haïssait être seul en voyage et repoussait avec une frénésie douteuse toute solitude. Avant chaque virée, il cherchait un compagnon ou une compagne de voyage. C’était un jalon important dans les préparatifs d’un voyage où tout était calculé. Il fuyait le vide et était boulimique d’activités.

Alors, qu’est-ce qu’en aurait pensé papa Freud en recevant ce patient en analyse ?

Publié le 24 novembre 2005 à 19 h 28 | Mis à jour le 27 décembre 2014 à 9 h 58