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Numéro 121

Michael Connelly

L’ÉPOUVANTAIL

Trad. de l’américain par Robert Pépin
Seuil, Paris, 2010
491 pages
34,95 $

Jack McEvoy, 44 ans, le brillant journaliste qui s’était fait détective lors du suicide présumé de son frère policier dans Le poète ‘ l’un des meilleurs romans de Michael Connelly ‘, reprend du service. En fait, le récit s’ouvre sur le congédiement de McEvoy, le Times se trouvant, comme la plupart des journaux, en période de rationalisation des choix budgétaires devant la dure réalité d’une presse papier qui s’efface au profit du journalisme en ligne. En outre, pour tourner le fer dans la plaie, on le charge de former sa remplaçante, une débutante. Dépité, certes, mais pas totalement anéanti, il décide d’écrire l’article de sa vie, celui qui fera regretter au Times de l’avoir si cavalièrement remercié.

Il dispose d’un délai de quinze jours pour trouver un sujet et en faire un article à faire pâlir la concurrence. Ce sujet se présente bien fortuitement : la mère d’un jeune Noir l’appelle pour lui reprocher d’avoir accusé son fils d’un meurtre qu’il n’a pas commis. McEvoy, qui n’avait fait que rapporter les propos de la police dans un entrefilet, n’y voit d’abord qu’une mère éplorée cherchant à sauver un fils que tout accuse.

Avec le talent qu’on lui connaît, Michael Connelly ne tarde pas à corser l’histoire. Avec doigté, il nous concocte un thriller palpitant qui fait vite oublier l’issue trop prévisible d’une histoire d’amour avec Rachel Walling, brillante profileuse du FBI, amorcée dans Le poète. Même si, dès le début, on connaît le coupable, l’intérêt du roman n’en souffre aucunement, bien au contraire. McEvoy s’attelle à une enquête bouclée un peu trop vite et ne tarde pas à découvrir un assassin expert en technologie, fétichiste et pervers, qui nous offre, entre autres, un cours accéléré sur la capture des IP et le vol d’identité : « Pour eux, on pouvait se mettre à nu sur le Net, y afficher des photos et des renseignements à volonté et ne s’attendre à aucune conséquence particulière ». De quoi donner des frissons aux adeptes des médias sociaux ! Bien que L’épouvantail fasse un peu « recette », il n’en demeure pas moins que le résultat est succulent.

Publié le 3 décembre 2010 à 12 h 21 | Mis à jour le 3 décembre 2014 à 14 h 52