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Numéro 77

Marie-Paule Villeneuve

L’ENFANT CIGARIER

VLB, Montréal, 1999
406 pages
24,95 $

Le titre de ce roman m’a d’abord intriguée. J’imaginais mal un enfant, cigare à la main. Eh bien, je me trompais. C’était une réalité, en 1885, à la Queen Cigar Factory de Sherbrooke.

Jos est apprenti-cigarier. Il a entrepris sa carrière le jour de ses neuf ans, l’année même où le Parlement du Québec votait une loi interdisant aux manufactures de faire travailler les garçons de moins de douze ans et les filles de moins de quatorze ans.

La vie de Jos, c’est six jours de travail par semaine, à raison de dix heures par jour. Son salaire : un dollar. Et encore ! Il est réduit lorsque Jos gaspille le matériel, lorsqu’il parle, lorsqu’il court dans les corridors, lorsqu’il arrive en retard, etc. On ne lui accordera un salaire de rouleur qu’après trois ans d’apprentissage, trois longues années d’exploitation où l’enfant est l’esclave du contremaître qui en a la charge. Ce dernier peut le punir, l’enfermer, le battre s’il le juge « nécessaire ». Personne ne se mêle vraiment de ce qui se passe derrière les murs de la manufacture.

À travers cet univers de misère, Jos, qui ne sait ni lire ni écrire et qui arrive à peine à compter, prendra sa vie en mains. Il partira avec son père travailler dans la grande ville de Montréal. Le père y restera ; pas lui. Tandis que naissent le téléphone, l’électricité, que roule la première Ford, Jos voyagera, yeux grands ouverts sur la nouveauté. De Chicago à Tampa Bay, il traverse l’Amérique, fera des rencontres importantes dans le milieu des syndicats et des initiateurs des mouvements ouvriers. Il se démarquera par une grande détermination et la volonté de changer la condition misérable des travailleurs. Il fréquentera quantité d’immigrés à la recherche du bonheur, comme lui. Il apprendra leurs langues, s’intéressera à leurs religions. Respectueux des différences, il devient l’élément rassembleur capable de recruter des membres pour les syndicats dans les différents milieux qu’il fréquente.

Son but ne changera jamais : être un rouleur, un vrai, gagner un salaire décent, se nourrir convenablement, dormir dans un lit confortable, accumuler quelques biens qui fassent de lui le propriétaire de quelque chose sur la terre. Et si de surcroît il arrive à trouver le bien ultime, une femme qui l’aime, alors l’avenir aura une couleur et l’existence pourra porter le nom de « vie ».

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 27 novembre 2014 à 16 h 22