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Numéro 78

Richard Saint-Gelais

L’EMPIRE DU PSEUDO

Modernités de la science-fiction

Nota bene, Québec, 1999
399 pages
24,00 $

Les essais sur la science-fiction sont relativement courants ; ceux qui s’attachent moins à ses « effets spéciaux » pour se consacrer davantage à ses composantes littéraires sont, par contre, beaucoup plus rares. Ce constat est une raison majeure pour célébrer la parution de L’empire du pseudo sous-titré Modernités de la science-fiction de Richard Saint-Gelais, ouvrage qui nous offre une réflexion novatrice sur cette pratique littéraire qui a introduit le futur, « l’autre » – dans son sens le plus large – et le conjectural dans la littérature contemporaine.

Clair, concis, inspiré et extrêmement bien documenté, le propos de Richard Saint-Gelais nous fait rapidement partager le cœur de ses préoccupations : comment démontrer que « […] la science-fiction, même ’traditionnelle’ ou convenue, participe aussi, à sa façon, à l’incessant processus de renouvellement de l’écriture (et de la lecture) romanesque ». Pour ce faire, l’auteur scinde sa démarche en trois étapes. Il explore en premier lieu quatre motifs récurrents du genre : l’anticipation, l’uchronie, la vitesse et les récits d’énigme. Il démontre ensuite l’interaction qui existe entre les stratégies du texte et celles de la lecture de cette « littérature d’idées », détruisant au passage quelques préjugés tenaces sur la valeur littéraire de la science-fiction et sur « l’adolescence » ou le manque de maturité de ses lecteurs. Il nous entraîne enfin, dans la troisième partie, dans « […] trois lieux où la trajectoire de la science-fiction l’amène à croiser la modernité littéraire, entendue comme interrogation en acte sur les formes romanesques et, plus généralement, fictionnelles ».

Qu’on se le dise, L’empire du pseudo de Richard Saint-Gelais est un événement ! Non seulement l’auteur démontre qu’il connaît parfaitement son sujet et qu’il n’entretient à son égard aucun parti pris positif ou négatif, mais il propose à ses lecteurs, qu’ils soient néophytes en la matière ou spécialistes du genre, une réflexion d’une rare richesse. Voilà donc un essai appelé à devenir une référence majeure, un livre incontournable pour qui voudra dorénavant discourir intelligemment sur la littérature de science-fiction.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 12 février 2015 à 10 h 57