Yasmina Khadra

L’ÉCRIVAIN

Julliard, Paris, 2001
240 pages
39,95 $

L’écrivain a enfin révélé son identité, la vraie Yasmina Khadra a écrit six livres dont trois polars couronnés de succès (Morituri en tête) avant de divulguer dans ce dernier roman autobiographique le patronyme phagocyté : de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, notre écrivain, inquiété peut-être par la schizophrénie, était en vérité officier dans l’armée algérienne ! L’emploi d’un pseudonyme n’avait servi qu’à passer outre les consignes d’une circulaire contraignant les militaires à soumettre à une commission tout texte destiné à la publication. Les deux prénoms inutilisés de l’épouse, Yasmina et Khadra, faisaient l’affaire ; une épouse dont Moulessehoul-Khadra aime à citer les paroles sous lesquelles affleurent une certaine aspiration à l’immortalité éditoriale : « tu m’as donné ton nom pour la vie, je te donne le mien pour la postérité ». Yasmina Khadra a depuis quitté l’armée, s’est installé au Mexique et a conservé le nom qui l’a rendu célèbre. Un faux nom qui inaugure une vraie vie, annonce Khadra, la vraie vie que nous raconte L’écrivain, jure Moulessehoul. Né en 1955, il intégra l’école des cadets d’El Méchouar à l’âge de neuf ans, avant d’embrasser tout naturellement la carrière des armes qu’il quitte pour laisser libre cours à sa vocation d’écrivain : « l’armée est incompatible avec la vocation d’écrire » ; certains exemples le contredisent mais la chose est peut-être plus vraie en Algérie qu’ailleurs, par les temps qui courent. Il quitte néanmoins l’institution militaire sans rancune : « l’armée m’a élevé, je l’ai servie, avec dignité et courage ». L’écrivain relate ainsi en grande partie l’univers des casernes, les amitiés, les petites vexations, l’amertume née de la pratique non désirée d’un métier (« J’ai toujours refusé la violence ») et la contiguïté. Mais des exécutions sommaires, des accusations portées contre l’armée d’avoir laissé égorger des civils et abandonné des villages aux mains des islamistes, rien.

Malgré un style aisé, au verbe rugueux et aux adjectifs irrités, le livre ne parvient pas à gagner totalement l’adhésion du lecteur.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21