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Alain Deneault

L’ÉCONOMIE DE LA FOI

T.2, FEUILLETON THÉORIQUE

Lux, Montréal, 2019
137 pages
19,95 $

Longtemps avant d’être rattaché à la production de biens, aux échanges commerciaux et au profit, le terme « économie » s’est appliqué notamment à l’accomplissement d’un « plan divin » ou cosmique.

Dans ce second tome de son Feuilleton théorique, le philosophe et essayiste québécois Alain Deneault présente diverses réalités « économiques » reliées à la foi, au fil du temps. Ainsi, il mentionne l’auteur et catéchète Tertullien qui, vers le début du IIIe siècle de notre ère, fut par ses théories économiques l’inventeur du dogme de la Trinité, qui conçoit la divinité sous trois formes conjointes mais également distinctes. Par ailleurs, l’économie du christianisme primitif fut étroitement associée au « plan divin », dans lequel la crucifixion du Christ, sa mort, la résurrection pascale et la rédemption jouaient un rôle essentiel. De son côté, l’apôtre Paul a proposé une vision grandiose de l’économie du salut universel, qui comportait un plan mystérieux devant ramener tous les êtres sous un seul chef, le Christ. Son système économique incluait également des notions de « pardon », de « grâce », de « mystère », d’« accomplissement » et de « réalisation ».

Pour leur part, aujourd’hui, certains voient littéralement l’Église comme une entreprise commerciale à la recherche de « clients ». C’est le cas d’Emmanuel Carrère, qui détaille cette opinion dans son roman Le royaume, inspiré de la vie de saint Paul. C’est que, aux yeux de Paul, la fin justifie les moyens lorsqu’il est question de répandre la vérité divine. L’économie est alors associée à une stratégie rhétorique destinée à faire accepter la sainte parole : on en prémâche les mots pour les simples fidèles. On peut certainement déceler, dans cette façon de présenter l’économie de la foi, une certaine dose de condescendance envers les ouailles ou les « clients », à qui il serait légitime de mentir. Les ministres du culte seraient ceux qui savent et qui enseignent à des fidèles ignorants et devant obéir. Ce qui, évidemment, peut mener à des excès. D’ailleurs, Paul n’a-t-il pas déclaré : « Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu’il en arrive du bien » ?

Quoi qu’il en soit, la vision de l’économie jadis associée à la foi n’est plus aujourd’hui que marginale. Alain Deneault nous rafraîchit ici la mémoire dans cet essai fort documenté.

Publié le 9 avril 2020 à 15 h 16 | Mis à jour le 23 avril 2020 à 12 h 29