Pascal Mercier

LÉA

Libella/Maren Sell, Paris, 2010
243 pages
29,95 $

Le philosophe suisse-allemand Peter Bieri est né à Berne en 1944. Cet érudit, passionné de langues mortes tel le sanskrit ou le grec ancien, a enseigné à Londres, à Harvard et à Berlin, où il habite maintenant. Il devient romancier en 1995 sous l’étonnant pseudonyme de Pascal Mercier. Son premier titre paru en français, Train de nuit pour Lisbonne, est publié en 2006 et connaît immédiatement un succès mondial. Bien écrit et bien traduit, le récit, qui se rapproche de la réflexion philosophique, est chaudement accueilli. On compare alors Mercier à Thomas Mann, rien de moins. Le deuxième titre paru en français en 2008, L’accordeur de pianos, est aussi généreusement accueilli.

Dans son troisième roman, Pascal Mercier nous entraîne dans le monde de Bach, de violons Stradivarius ou Guarnerius del Gesù, de la musique qu’il semble si bien comprendre. Léa parle de culpabilité et de passions si violentes et si dévastatrices qu’elles génèrent une série de drames inéluctables. L’auteur raconte l’amour désespéré qu’un père porte à sa fille, violoniste exceptionnelle, pour n’exister qu’à travers elle, par elle et pour elle. « Je me soumettais de bon gré à la tyrannie de son talent. »

Le roman est un long dialogue entre van Vliet, le père au bord du gouffre, et Herzog, le narrateur, deux Bernois qui se rencontrent par hasard en Provence, chacun portant son drame personnel contre son cœur. Après avoir fait connaissance dans un café, ils feront ensemble quelques escapades et prendront ensuite la route de retour vers la Suisse. S’engagera alors un long échange entre les deux scientifiques malheureux, mauvais communicateurs et « analphabètes en matière d’intimité et de distance ».

Mercier nous a habitués à une écriture fluide, à la fois précise et retenue, à de vivantes descriptions. « [Van Vliet] s’efforçait d’être courageux, mais ce courage était cousu de fil blanc. » Le talent littéraire de l’écrivain ne se dément pas dans ce troublant Léa.

Publié le 24 juin 2011 à 16 h 26 | Mis à jour le 28 janvier 2015 à 15 h 48