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François Lavallée

LE TOUT EST DE NE PAS LE DIRE

ET AUTRES NOUVELLES

Triptyque, Montréal, 2001
173 pages
18,00 $

Au fait, c’est quoi, la vie ?…

… Un jeune informaticien marié qui découvre les relations extraconjugales au travail et les vertus du silence. Une jeune femme en voyage de noces qui s’aperçoit que son mari n’a pas la même notion qu’elle des relations de couple. Un homme qui comprend de manière inattendue ce qu’est connaître une femme. Un homme ayant des tendances auto-mutilatoires qui se rend au chevet de son père mourant pour se rendre compte qu’ils ne sont pas très différents. Un homme obèse qui, pour perdre du poids, décide d’entreprendre une marche à pied qui prend des allures de voyage initiatique. Un jeune musicien qui reçoit la visite d’un ami exilé venu spécialement à Québec parce que son père est atteint du cancer. Un homme qui, alors qu’il est venu aider des amis à déménager, est témoin d’une tentative de meurtre dans des circonstances bizarres. Des enfants qui découvrent chez leur grand-père un monde très différent de celui de leur mère, un monde où « ne rien faire, c’est pas un péché mortel ». Un vieux curé de la basse-ville de Québec qui a un regain de foi lorsqu’il voit une jeune étudiante fréquenter soudainement ses messes de semaine. Un homme qui rejette la vie urbaine pour vivre dans la nature. Un homme qui contemple la mer depuis son bateau et lutte contre la tentation d’y plonger. Et puis, c’est Adam, le premier homme, qui crée un Jordan parfait et heureux, à l’inverse de lui : « Si je te faisais libre, Jordan, tu serais obligé de vivre ».

… Pour peu qu’on se donne la peine d’y réfléchir, on se rend compte que la vie n’est, somme toute, qu’une succession d’infimes coups de théâtre. Qu’un enchevêtrement de hasards trop beaux pour être vrais et de quiproquos, de rendez-vous ratés et de vies parallèles, toutes ces vies qu’on aurait voulu vivre, qu’on aurait peut-être pu vivre. Et puis aussi, la vie, c’est le destin qui nous joue des tours, nous rappelle notre vanité quand nous ne sommes que vacuité.

Chacun des treize récits de ce premier recueil de nouvelles de l’auteur est comme l’illustration parabolique de petites tranches de vies. François Lavallée se fait ici l’interprète de nos questions les plus banales et les plus taraudantes – souvent, ce sont les mêmes -, le chantre de nos petitesses, le miroir à peine déformant de nos angoisses et de nos doutes. Avec un sens de la formule qui confère à son propos une justesse confondante, l’auteur sait où il veut nous mener, et c’est sans rechigner que nous le suivons, fascinés, là où le réalisme se fait poétique et là où le fantastique se fait métaphorique. Car il est à la fois agaçant et réconfortant de se reconnaître dans chacun de ces petits portraits ciselés avec la précision et le talent d’un artisan.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21