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Michel Onfray

LE SOUCI DES PLAISIRS

CONSTRUCTION D'UNE ÉROTIQUE SOLAIRE

Flammarion, Paris, 2008
191 pages
44,95 $

Lorsque Michel Onfray lit, à dix-sept ans, L’érotisme de Georges Bataille, une contradiction l’interpelle. D’une part, l’auteur, qui est présenté sur la quatrième de couverture comme étant « le plus grand des écrivains maudits de notre temps », avance que l’érotisme a « partie liée avec la mort et le meurtre ». Paradoxalement, la page couverture du même livre est, à l’époque, illustrée d’une photographie d’un temple indien de Khajuraho, recouvert de sculptures représentant, au dire de Michel Onfray lui-même, « un genre de danse joyeuse de l’humanité, une dynamique érotique active dans des corps enlacés, entremêlés ». La dichotomie est telle que le jeune Michel Onfray ne peut que se promettre de se rendre sur place voir de ses propres yeux ce fameux temple. Lorsqu’il réalise sa promesse un quart de siècle plus tard, ce sera l’occasion pour le philosophe de s’initier à l’univers de l’« érotisme solaire » indien.

L’ouvrage comporte deux parties. Dans un premier temps, le prolifique philosophe d’allégeance hédoniste analyse, images à l’appui, comment l’Église chrétienne prône le mépris de la chair, favorise la misogynie et encourage le plaisir par la douleur et la souffrance. En ce sens, les écrits du Marquis de Sade et de Georges Bataille seraient l’aboutissement naturel de ces enseignements.

La seconde partie, quant à elle, est consacrée à la découverte de l’« érotisme solaire » indien principalement grâce au Kama-sutra. Ce manuel, écrit voilà environ quinze siècles à l’intention des jeunes adultes, enseigne les règles du savoir-être et du savoir-faire afin de construire une individualité digne de ce nom et de permettre des intersubjectivités enrichissantes. Ce livre, dont le contenu élaboré va bien au-delà des simples positions sexuelles qui ont marqué l’imaginaire occidental, est l’occasion pour Michel Onfray de proposer une alternative au message véhiculé par l’Église chrétienne sur la notion de plaisir, sans s’éloigner de l’hédonisme prôné par l’auteur. Avec une conclusion étonnante où le philosophe prouve la justesse de sa démonstration en analysant la pornographie occidentale, cet ouvrage rafraîchissant est animé par un esprit d’ouverture dont l’objectif, amplement atteint, consiste à redonner au corps et aux sens leur pleine légitimité.

Publié le 20 septembre 2009 à 21 h 47 | Mis à jour le 2 février 2015 à 20 h 15