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Andrea H. Japp

LE SILENCE DES SURVIVANTS

Du Masque, Paris, 2000
305 pages
29,95 $

Le cadavre de Samantha Kaplan, adolescente eurasienne, est retrouvé par des agents du FBI. C’est le troisième meurtre qui survient en peu de temps dans les environs de Boston. Tout indique qu’il s’agit de crimes commis par un serial killer d’une espèce particulièrement redoutable : il se révèle d’emblée comme « un sadique organisé, méticuleux » qui aime « infliger la violence et le grotesque », c’est-à-dire faire subir à ses victimes une mort lente, douloureuse et humiliante. Contrairement à certains romans antérieurs comme Dans l’œil de l’ange ou La raison des femmes, ce n’est pas la mathématicienne Gloria Parker-Simmons qui mène l’enquête, mais l’ex-prêtre John King. Le personnage tient un peu du père Brown de Chesterton : il est devenu agent fédéral après avoir intercepté un malfaiteur dans son église ; en s’improvisant de la sorte justicier, King a senti un appel du destin : il devra servir Dieu en pourchassant les plus monstrueux criminels. Car il s’agit bien de « monstres » : le meurtrier de Samantha Kaplan supplicie ses victimes, il est explicitement décrit comme un « ça » inhumain, comme « une forme très sophistiquée et très redoutable de la peste ».

Ici, Japp s’appuie sur quelques horreurs du XXe siècle pour amplifier le climat de violence meurtrière et soutenir quelques analogies. Isabel, née Sok Bopah, et Simon Kaplan, la mère et le grand-père de Samantha, sont les « survivants » dont il est question dans le titre. Cambodgienne, elle est une rescapée des camps des Khmers rouges. Polonais, il a survécu à sa détention dans un camp de concentration nazi. Unis de manière indissoluble par ce passé de souffrance et de mort, Isabel et Simon décident de mener leur propre enquête. Celle-ci vise moins la résolution du crime que le surpassement de leurs bourreaux intérieurs, spectres des tourments subis autrefois. Joint à un style envoûtant, ce lien ombilical qui se tisse entre les deux personnages ‘ Simon trouve en Isabel le prolongement de la mère forte que les nazis lui ont ravie ‘ est la grande force du roman de Japp. Tous les lecteurs ne s’enthousiasmeront pas pour le récit de la « conversion » de King, mais Le silence des survivants a ce qu’il faut pour connaître le succès en librairie.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21