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Numéro 101

Vania Jimenez

LE SILENCE DE MOZART

Québec Amérique, Montréal, 2005
377 pages
24,95 $

Une histoire d’orphelinat des années 1930 et 1940, mais au-delà des récits d’horreur qui semblent être les seuls souvenirs qu’on veuille en garder aujourd’hui. L’auteure, Vania Jimenez, ne cherche à disculper personne ; elle se donne simplement le droit de parler de la vie à l’orphelinat d’Huberdeau (dans les Hautes-Laurentides) sans insister sur les scandales. Ceux-ci ne sont jamais très loin, toutefois, comme le déplore le vieux frère Laurier, qui, se rappelant les paroles de « Souvenir d’un vieillard »(« Dernier amour de ma jeunesse / Venez à moi, petits enfants / Je veux de vous une caresse / Pour oublier mes cheveux blancs… »), commente aussitôt : « Attention ! Si jamais je fredonne les paroles de cette chanson, je suis suspect, et je passerais pour un maudit cochon si on m’entendait ! Pourtant, qu’elle est belle, cette chanson ! »

Voilà donc la toile de fond sur laquelle se déroulera une histoire émouvante s’étendant sur quatre générations et racontée par tableaux représentant des sauts dans le temps en avant et en arrière. Lorsque sa femme meurt, dans les années 1930, Mozart Ménard, handicapé, doit confier ses deux enfants à l’orphelinat. Par ailleurs, à notre époque, Michel Adler, pianiste, se fait plaquer par sa femme médecin qui n’en peut plus de son mari impuissant et constamment tourmenté. Entre les deux, une cassure : Michel Adler est le petit-fils de Mozart Ménard, mais il n’en sait rien car son père, fils cadet de Mozart, a changé de nom pour devenir Luis Adler après avoir été adopté vers la fin de l’adolescence. Tout ce que sait Michel de son père, c’est qu’« il chantait… » Il ne sait même pas qu’il avait été élevé dans un orphelinat. Au fil du récit, grâce à un ou deux hasards et à la mémoire de deux vieux frères de la Miséricorde qui s’occupent de ce qui est devenu la base de plein air du lac Sergent où il va reconduire son petit garçon de six ans, Michel Adler réussira à recoller les morceaux de son passé, ne sachant même pas au début que c’est ce dont il a besoin depuis toujours.

Vania Jimenez nous sert ici un récit prenant qui ferait certainement un bon film ou une bonne série télévisée. En attendant, on lira son roman d’une traite et on se laissera toucher par la profondeur de son histoire et de ses personnages.

Publié le 25 novembre 2005 à 14 h 22 | Mis à jour le 25 novembre 2005 à 14 h 22