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Bernard Blangenois

LE ROI DES ORTIES

Robert Laffont, Paris, 2000
247 pages
36,95 $

Une voix différente, nourrie d’une culture proche de la nature et de ses véritables fervents, voilà ce que j’entends quand je lis Bernard Blangenois. Si j’insiste sur le « véritables », c’est que le rapport que ses personnages, les humains comme les chemins, les forêts, les montagnes, le ciel et l’eau qu’il évoque, entretiennent avec la nature n’a rien de l’émerveillement inconditionnel (conditionné ?) que se croient obligés d’exprimer les contemplateurs de maintenant, qui semblent parfois préfabriqués par les modes pour ne pas dire les injonctions des milieux « écologiques ». Les pas et les gestes des hommes et des femmes qui habitent le monde de Bernard Blangenois ne sont pas légers, on y sent la pesanteur des travaux, des peines, de la misère souvent, qu’accompagne un accord profond avec le déroulement des choses et du temps dans son imprévisibilité même. À l’inverse de bien des gens aujourd’hui que la moindre difficulté fait chanceler, ceux-là se font confiance, font face à l’inévitable avec les moyens du moment, assumant l’entière responsabilité des décisions qu’ils prennent. La force qui se dégage d’eux nous rendrait presque courageux, si nos lectures avaient à ce point le pouvoir de nous transformer.

Lire Bernard Blangenois, c’est aussi jouir, une ligne après l’autre, d’une langue d’une richesse fabuleuse, inconnue presque complètement, dans son usage en tout cas, des auteurs minimalistes de notre génération. Le lyrisme, la couleur ambiante, le descriptif prennent-ils trop de place dans le récit, chez ce Cévenol de cœur et d’inspiration ? Oui et non. Oui, si l’on privilégie l’action, les événements, bien servis pourtant. Non, si l’on accepte de se laisser envelopper par des mots qui ont une longue histoire, mots des Cévennes, de leurs forêts, de leurs pentes à châtaigniers, de leurs saisons imprévues et violentes, des mots qui ne feront sans doute bientôt plus partie de notre savoir, de notre culture. Je préfère ce bonheur, qui ne nuit pas à l’autre, s’il le fait attendre parfois. Savoir attendre ajoute à la saveur des choses.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21