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Maude Bonenfant, Anthony Glinoer, Martine-Emmanuelle Lapointe

LE PRINTEMPS QUÉBÉCOIS

UNE ANTHOLOGIE

Écosociété, Montréal, 2013
360 pages
34 $

On pourrait dire que cette fois-ci, en 2015, ça n’a pas marché. La tentative de reprendre le mouvement de 2012 était-il dès le départ voué à l’échec ? Quelles en sont les causes ? La « fabrique du consentement » dans notre « démocratie policière » (Marc-André Cyr) a-t-elle été à ce point efficace ? La suite le dira. Sans doute le fait que depuis 2005, les gouvernements de Jean Charest, Pauline Marois et Philippe Couillard aient déclaré la guerre aux étudiants a-t-il joué pour une bonne part dans ce nouvel échec.

Bref, dans le contexte d’anesthésie quasi générale du Québec, Le printemps québécois, publié en 2013, fait vraiment figure, non seulement d’anthologie, mais de document critique qui permet de procéder à quelques radiographies de la situation actuelle. Sur ces événements majeurs, peu d’ouvrages valables avaient été publiés. Les réflexions de fond (citons Pour un printemps, On s’en câlisse, Tenir tête, Une idée de l’université, Le printemps québécois, Le mouvement étudiant de 2012 et Dans les ruines de l’université) avaient été rarissimes. Il vaut la peine de revenir à l’ouvrage publié par Écosociété si l’on veut s’extirper du sommeil de l’injuste dans lequel nous sommes plongés.

Point important : l’ouvrage propose une chronologie très précise des événements avant le début de la grève, soit à partir de 1990, ce qui aide à réinstaurer le mouvement étudiant de rupture dans un déploiement historique complexe. Nous sommes ainsi invités à voir en acte comment s’est progressivement installé le climat de mauvaise foi qui gangrène désormais notre société. La composition très dynamique de l’ouvrage, jusque dans sa belle forme de carré rouge, ouvre à un monde en mouvement qui détonne avec l’image figée forgée par les médias qui ont dans l’ensemble joué à la perfection leur rôle de répresseurs.

Outre l’excellente préface, signée Georges Leroux, qui dégage les trois phases du mouvement – affrontement, radicalisation et judiciarisation –, les textes remarquables (dont plusieurs tirés de Fermaille, no 16, ou de blogues, d’ouvrages déjà publiés, sans oublier le manifeste de la CLASSE, « J’accuse » de Banane Rebelle, « Lettre au premier ministre » d’Élise Turcotte, etc.) sont trop nombreux pour que je puisse évidemment les citer ici. Seule réserve : l’importante représentation des professeurs donne à croire qu’ils ont massivement appuyé les étudiants, ce qui est loin d’être le cas. Hormis quelques exceptions – et c’est tout à leur honneur –, la très grande majorité ne s’en est tenue qu’à signer des manifestes ou à intervenir de manière ponctuelle. Rares, très rares sont ceux et celles qui ont pris de vrais risques, l’une d’elles écrivant même que « les profs ont été pris en otage entre le gouvernement et les étudiants » ! Voilà bien une position de victime qui conforte les tenants de l’interdit de parole et renforce le « Je pense, donc je nuis ». Durant le printemps québécois, avec des amis, j’ai beaucoup manifesté le soir et je me souviens de la 46e manifestation nocturne sur les lieux de festivité du Grand Prix, coin Peel et Crescent. Je ne sais pas…, mais j’ai rencontré peu de professeurs. Où étaient-ils ? Au pub ou à leur chalet ?

Publié le 22 septembre 2015 à 11 h 15 | Mis à jour le 6 octobre 2015 à 16 h 37