Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LE PESEUR D’ÂMES

Numéro 89

Eve De Castro

LE PESEUR D’ÂMES

Albin Michel, Paris, 2002
312 pages
29,95 $

Jacques le Droit est grand et solide. Il met sa force et son intégrité au service du roi et de l’Église. Il a fait les croisades avec violence et conviction. On lui demande de s’occuper d’une bande de jeunes illuminés, des enfants de huit à quinze ans environ, regroupés sous l’impulsion d’on ne sait quel meneur ou quel idéal, déterminés eux aussi à se rendre au bout du monde libérer le tombeau du Christ, mais hors du giron de l’Église. Parmi ces jeunes, il rencontre Eve, leur inspiratrice. Pour Jacques, la femme est faite pour être protégée ou violée. En l’occurrence, il a pour mission de la casser. Un jeu d’enfant : il a affronté des armées. Et pourtant… qui domine l’autre ? Jacques, avec ses muscles et son mandat, ou Eve, avec sa beauté, son regard, sa foi, son assurance tranquilles… et son insolent amour pour Thomas, un de ces jeunes pouilleux ?

Huit cents ans plus tard, Jacques Hérisson, chirurgien de talent, « un homme bien », se sent lié à jamais à Eve Ebey. Celle-ci, plus folle et plus libre que lui, se prête certes à une liaison, mais il ne la possédera jamais, car son « vrai mec », c’est Thomas Landman, plus fruste mais – justement – moins parfait. Il y aura meurtre.

Le roman est déjà bien avancé quand on arrive à comprendre où veut en venir l’auteure. C’est à l’image de bien des chapitres, où celle-ci s’amuse à nous flanquer un pronom non défini et à jouer sur ce point d’interrogation pendant quelques paragraphes avant de nous dire où nous sommes et qui est là, et nous permettre enfin de reprendre pied. Ce procédé est-il un signe de talent ? Je ne dirais pas. Est-il nécessaire ? Je ne croirais pas. Enlève-t-il de la profondeur au propos ? Non, quoiqu’il nuise à sa mise en valeur.

Or, la profondeur est certainement au rendez-vous ici. Tout en nous jouant quelques airs de roman policier et en laissant planer un mystère de « trou dans le temps » qui ne sera en fait jamais résolu, l’auteure nous emmène sans nous le dire sur le terrain du symbolique, où son récit prend tout son sens. Relations humaines. Sens à la vie. Puissance, foi.

À lire deux fois, je crois.

Publié le 7 août 2003 à 13 h 59 | Mis à jour le 7 août 2003 à 13 h 59