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Andrée A. Michaud

LE PENDU DE TREMPES

Québec Amérique, Montréal, 2004
228 pages
19,95 $

Andrée A. Michaud, lauréate en 2001 du Prix du Gouverneur général avec Le ravissement, nous revient avec un roman tout aussi exigeant, tant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, c’est une intrigue difficile, voire impossible à résumer tant elle est dense et dont on ne révélera que les préludes : après vingt-cinq ans d’absence, Charles Wilson retourne dans le village qui l’a vu grandir. Aussitôt revenu sur les lieux de son passé, il découvre le cadavre de son ami d’enfance, celui-là même qui prétendait consentir à mourir le jour où il aurait la preuve de l’existence de Dieu : « Je me relevai lentement et m’approchai de l’homme, juste assez pour constater que le menton, qui pointait maintenant avec la langue en direction de mon visage, portait bel et bien la petite cicatrice que je redoutais d’y trouver, stigmate du premier larcin que Paul Faber et moi avions accompli ensemble ». Pourquoi Paul a-t-il mis fin à ses jours ? La quête – l’enquête – de Charles Wilson commence ainsi, encore que Le pendu de Trempes ne soit pas un polar : le roman captive littéralement le lecteur au cœur d’un univers oppressant, envoûtant, onirique, aux confins de l’aliénation, dont le personnage central serait finalement la rémanence. L’exhumation du passé est ici prétexte à une réflexion sur la relativité du temps, une notion chère à l’auteure. Sur la forme, il y a ce style unique dans le paysage littéraire québécois et qui n’appartient qu’à Andrée A. Michaud : un subtil appariement entre une intrigue touffue mais admirablement construite et une plume précise, raffinée, évocatrice qui campe avec une rare virtuosité une atmosphère lourde, tenace, insistante. « Un matin de doux temps, je fus éveillé par le bruit monotone et lancinant des gouttes qui, à intervalles réguliers, tombaient du plafond sur le tapis usé du salon, où elles avaient formé une tache en forme d’étoile, de soleil, un cercle flou dont les bords semblaient vibrer et se distendre à chacune des explosions provoquées par l’impact d’une nouvelle goutte ».

Au terme d’une lente descente aux enfers sur les traces du pendu de Trempes, le lecteur sera confronté à l’insoutenable secret connu des morts et de « Dieu, pour autant que Dieu soit réellement au fait de tous les agissements du diable ».

On ne sait encore si le nouveau roman d’Andrée A. Michaud se verra attribuer quelque prix prestigieux. Mais primé ou pas, il fera date.

Publié le 21 février 2005 à 16 h 09 | Mis à jour le 21 février 2005 à 16 h 09