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Numéro 163

Marie Nimier

LE PALAIS DES ORTIES

Gallimard, Paris, 2020
254 pages
36,95 $

Un récit placé tout entier sous le signe de l’intime et du sentiment. Le genre de roman dont on ressent parfois le besoin. Le genre de roman qui fait un peu oublier le fracas du monde.

Romancière française reconnue, entre autres par un prix Médicis en 2004, Marie Nimier nous introduit avec Le palais des orties dans la vie d’une petite famille qui se consacre à l’exploitation d’une ferme peu ordinaire. Le père et la mère, Simon et Nora, avec la collaboration de leurs enfants, Anaïs et Noé, et aussi de leur chien Cheese, cultivent cette étonnante plante qu’est l’ortie. Ils gèrent la ferme selon les règles strictes de l’agriculture biologique et transforment leur récolte en divers produits dont ils assurent également la commercialisation. Il n’est pas précisé dans le roman dans quel pays et à quelle époque se déroulent les événements décrits, mais un certain nombre d’indices suggèrent fortement de situer le tout en France, dans un passé récent.

L’intrigue est classique. Les habitants de la ferme, baptisée « Palais des orties » pour les besoins de la publicité, une idée de la brillante Anaïs, constituent une cellule fortement intégrée. Les liens familiaux sont renforcés par l’expérience commune d’une entreprise agricole originale et exigeante, où les meilleures capacités de chacun doivent être mises à contribution. Mais voilà qu’un élément extérieur, en la personne d’une jeune travailleuse au pair, recrutée par l’entremise d’une organisation internationale (Wwoof, pour World-Wide Opportunities on Organic Farms), vient perturber l’écosystème à la fois fort et fragile du Palais des orties. La jeune fille est charmante, peut-être trop belle. Son pouvoir d’attraction risque-t-il de mettre à mal le bel équilibre de la relation entre les membres de la petite famille ?

L’ortie est une plante de prime abord rébarbative, les poils urticants dont est pourvue sa tige provoquant au toucher une caractéristique impression de brûlure. Pourtant, on lui reconnaît de nombreuses vertus thérapeutiques. On peut lire sur le site doctissimo.fr qu’en usage interne l’ortie est « diurétique, dépurative, antirhumatismale, anti-inflammatoire, antalgique, antimicrobienne, antiulcéreuse, antianémique, hépatoprotectrice, antioxydante, hypoglycémiante, antiallergique, immunostimulante, hypotensive, tonique, galactogène ». Sans compter ses propriétés astringentes et cicatrisantes en usage externe. Le paradoxe incarné par la plante peut aussi être vu, à l’inverse, dans le personnage de la wwoofeuse, séduisante en tous points et apportant avec elle le ferment de la discorde.

Marie Nimier déroule sa chronique sentimentale avec minutie, confiant la narration au personnage de Nora, la mère, dans une forme proche du journal. La romancière réussit le pari de soutenir l’intérêt, en accordant beaucoup d’attention à la vraisemblance du contexte et, surtout, en faisant de ses lecteurs des confidents de Nora.

Publié le 21 juillet 2021 à 9 h 30 | Mis à jour le 31 juillet 2021 à 17 h 54