Raymond Plante

LE NOMADE

La courte échelle, Montréal, 2006
211 pages
14,95 $

Ils se multiplient, ces livres d’hommes parlant de leur passé et de leur mystérieux rapport au père. Le plus souvent sous forme d’autofiction, et c’est le cas de Nomade, que le regretté Raymond Plante a publié en 1999 et que La courte échelle vient de rééditer en format de poche.

Le livre est présenté comme un roman, mais l’auteur ne cache pas que « celui-ci s’inspire de l’existence de [son] père », qu’il a « largement puisé » parmi les « anecdotes » de sa vie. Ce père y est présenté sous les traits du personnage de Louis Lafontaine, né au début du siècle et mort dans les années 1980. Le narrateur est son fils, qui se met un beau jour à faire des recherches sur ce père décédé qu’il connaissait si peu. En fait, par son ton de confidence, son rythme égal et son plan chronologique, le livre ressemble carrément à des mémoires, surtout à partir de la naissance du narrateur dans le fil de l’histoire, celle-ci étant racontée au « je » de surcroît.

Autofiction, disais-je. De fait, très terre à terre, la vie de Louis Lafontaine n’a rien d’une intrigue de roman : ce fils de cultivateur part travailler dans le nord de l’Ontario à l’aube de l’âge adulte, s’installe à Montréal où il se marie et a des enfants, fréquente de plus en plus la bouteille, s’avère plus ou moins heureux en ménage sans toutefois aboutir au divorce, achète une petite épicerie du coin qui le mènera à la faillite, voit grandir ses petits-enfants sans trop réussir à se mêler à sa propre famille. Une fois rendu aux chapitres qui parlent de l’épicerie et de l’alcoolisme (années 1950 et 1960), période pendant laquelle le narrateur adolescent s’est douloureusement détaché de son père, on comprend que tout ce qui précède avait été écrit pour en arriver là : l’auteur avait envie de confier les épisodes marquants qu’il a connus à cette époque. Le but valait la peine, ces chapitres ne manquent pas d’intérêt, mais on trouvera que le chemin aura peut-être été un peu long.

Le tout nous permet de nous replonger dans le Québec des années 1930 à 1980, ce qui ne laisse jamais d’être instructif sur l’évolution des mentalités, des techniques et des réalités sociales, tout en se faisant conter une histoire « bien de chez nous » qui n’ennuie jamais, sans qu’on puisse toutefois parler d’un style particulièrement accrocheur.

Publié le 7 octobre 2007 à 14 h 52 | Mis à jour le 6 février 2015 à 12 h 06