Vers la fin du XIXe siècle, la France parvient à imposer son hégémonie culturelle sur l’Europe, devenant le centre de l’art et du bon goût. À Paris se forment le monde et le marché de l’art tels que nous les connaissons aujourd’hui, un milieu constitué de musées, de courtiers, d’écoles, de collectionneurs privés, de marchands, de critiques et d’experts. Or, lors de la défaite rapide de la France face à l’Allemagne en 1940, les dirigeants nazis font main basse sur un butin de guerre absolument formidable.
Dans le but d’organiser la saisie des œuvres d’art, Hitler met sur pied l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, une équipe d’intervention dirigée par le ministre des Territoires occupés Alfred Rosenberg. Dans un premier temps, les œuvres sont classées en deux grandes catégories déterminées par Hitler. L’art noble, celui de Rembrandt, de Michel-Ange et de Dürer entres autres, dont les œuvres sont envoyées en Allemagne. De l’autre côté, l’art dégénéré, celui de Picasso, Braque, Matisse, Modigliani, Renoir, Degas, Dalí, Ernst, Miró, Klee et Chagall, pour ne nommer que ceux-là, dont les tableaux sont écoulés à rabais sur le marché. À ce moment, la Suisse adopte une loi afin de légaliser les droits de propriété sur les œuvres sans propriétaire, encourageant le recel.
Au total, ce n’est pas moins de cent mille œuvres d’art, cinq cent mille pièces de mobilier et plus d’un million de livres et de manuscrits qui seront dérobés pendant l’Occupation. À la fin de la guerre, les Alliés tenteront de restituer les œuvres à leurs véritables propriétaires. Aujourd’hui encore, et afin d’éviter un effondrement du marché, l’Association des marchands d’art refuse de collaborer, tandis que Moscou garde le secret sur les œuvres dérobées à la faveur de l’invasion. Un total estimé entre 20 000 et 40 000 œuvres d’art sont toujours égarées.
C’est dans le but de retrouver les œuvres disparues que le journaliste et diplômé en histoire de l’art Hector Feliciano a mené une vaste enquête. Pour ce faire, il retrace les tableaux des grandes galeries de France qui furent pillées et met au jour plusieurs des mécanismes institués pendant et après la guerre afin d’en faciliter la revente. Un livre fascinant pour l’amateur d’histoire et d’art.