Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LE MONDE À SES PIEDS

Numéro 119

Géraldine Maillet

LE MONDE À SES PIEDS

Grasset, Paris, 2009
298 pages
34,95 $

Géraldine Maillet est une ex-mannequin qui, après avoir publié quelques titres évocateurs comme Presque top model et French Manucure, ne quitte pas le monde de la mode aussi facilement et revient en force avec un huitième roman : Le monde à ses pieds. Une histoire qui gagne en intérêt du fait qu’elle est inspirée d’un fait divers réel, le suicide de la célèbre mannequin Ruslana Korshunova.

C’est littéralement une autre version de Cendrillon qui est réécrite. Ruslana a seize ans lorsqu’elle est tirée de sa famille et de la misère du Kazakhstan pour un Occident de shootings, de dollars et de castings. De New York à Moscou, de Londres à Milan, la nouvelle princesse des projecteurs fait le tour du monde huit fois par année, pose et couche sur demande : le monde est à ses pieds et elle est en plein envol. Mais si « on se casse rarement la gueule en montant, en revanche, quand on descend, les gadins sont carrément mortels », et comme le métier est éphémère, la chute, évidemment, est à prévoir. Ainsi, passé minuit, Ruslana perd ses repères, oublie l’amour, s’amourache d’un père marié, rejette ceux qu’elle devrait aimer, plonge dans l’alcool et se farde les cernes avec quelques lignes qui lui poudrent la réalité. Évidemment, la mannequin vit chaque jour intensément, s’use la santé à force d’ambition et le lecteur la suit, entraîné dans cette course effrénée, essoufflé par le train de vie qui défile page après page. Incapable de demi-mesure, l’étoile s’épuise, s’éteint et lorsqu’elle se jette dans le vide, du haut de ses 21 printemps, le lecteur est quasi soulagé de pouvoir reprendre son souffle.

À dire vrai, Le monde à ses pieds n’invente rien. Au contraire, on en trouve à la tonne de ces histoires un peu trop stéréotypées où un écrivain se sert de sa plume pour réagir aux fabricants d’images qui s’enrichissent au détriment des corps abîmés. De la structure du texte à la narration en passant par le scénario, ce roman est tout du recyclé, tout du réchauffé. Alors pourquoi est-on incapable de le refermer avant d’en avoir parcouru les dernières lignes? C’est que malgré tout, Géraldine Maillet a le mérite de frapper juste, par le réalisme d’une histoire déjà vécue, déjà célèbre. Comme quoi le suicide romancé d’une mannequin fictionnelle n’a rien pour attrister les regards, mais lorsque ça se passe sous le balcon de notre réalité, tous les ingrédients sont réunis pour attirer les foules.

Publié le 12 novembre 2010 à 17 h 00 | Mis à jour le 26 janvier 2015 à 18 h 07