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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

C’est un livre polémique. Oubliez l’humoriste se pliant à l’impératif une ligne un punch ou à des vox pop. L’ex-candidat à la chefferie du Parti Québécois est un essayiste qui démontre à force d’exemples concrets ce qu’il avance et qui s’exprime sérieusement (même s’il ironise à l’occasion, l’humoriste ne disparaissant pas complètement).

Le livre démarre sur des chapeaux de roue. Nantel règle ses comptes avec la vendetta médiatique qu’il a subie en tant qu’humoriste en 2017. Nous étions au début de la période #MeToo quand il intégra un numéro sur les agressions sexuelles, qu’il dénonce, bien sûr. En guise d’introduction à un numéro, il fait une allusion, sans la nommer, à une jeune universitaire de Québec qui aurait subi une agression de la part d’un député provincial. Rappelons qu’après enquête, aucune accusation ne fut retenue contre le politicien. Nantel continue ce numéro, qui n’occupe que quelques minutes de son spectacle, en parlant du manque de tact en séduction. Cependant, les réseaux sociaux s’enflamment et plusieurs associent l’humoriste à la culture du viol. On l’a menacé de mort, on a menacé sa fille de treize ans. Lors de sa première à la Place des Arts, 70 policiers ont été dépêchés sur place pour assurer la sécurité. Il ne reçut quasi aucun soutien du milieu artistique, il était devenu persona non grata.

Nantel a donc des comptes à régler avec les mentalités actuelles. Il met à jour les faiblesses du wokisme et de la nouvelle gauche. Tour à tour passeront sous les armes critiques de l’auteur ces nouveaux concepts en cours : appropriation culturelle, culture du viol, racisme systémique, territoires non cédés, traumavertissement (trigger warning), privilège blanc et autres termes se terminant par –phobie.

Le chapitre intitulé « L’Index » fourmille d’exemples de nouvelles censures : annulation de conférences, disparition de personnages dans des films ou dessins animés, censure du classique de Noël Baby, It’s Cold Outside (un homme tente de convaincre une femme de passer la nuit chez lui) ou de Money for Nothing du groupe Dire Straits parce qu’on y entend le mot faggot (tapette) (le Conseil québécois des gais et lesbiennes s’est dit contre cette censure), l’écrivain Yvan Godbout arrêté à six heures du matin pour avoir décrit dans son roman Hansel et Gretel une agression sexuelle sur une enfant de neuf ans, etc., etc.

J’avoue avoir entamé la lecture de ce livre en étant sceptique : est-ce que l’humoriste Nantel allait se montrer convaincant ? Eh bien, la réponse est oui. Oui, il convainc, ce qui ne veut pas dire qu’il convainc sur tous les sujets abordés dans son livre. On peut sourciller à bien des endroits, par exemple quand il écrit que la gauche est davantage épargnée par la critique que la droite. Sa récusation de la culture du viol, à partir des définitions du dictionnaire, ne convainc pas, mais ce n’est pas son unique argument contre cette notion qu’il juge floue et qu’on applique à une palette trop large.

Je trouve que Nantel en fait parfois beaucoup, peut-être un peu trop. Le livre aurait mérité d’être resserré. Sa conclusion, à elle seule, fait 33 pages.

Nantel a des convictions. Il les expose publiquement et invite au débat, comme il le fait dans une websérie qui se veut le prolongement du livre.

Un livre vraiment offensant ? À nous d’en débattre.

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