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Numéro 108

Moisés Naím

LE LIVRE NOIR DE L’ÉCONOMIE MONDIALE

CONTREBANDIERS, TRAFIQUANTS ET FAUSSAIRES

Grasset, Paris, 2007
395 pages
34,95 $

Moisés Naím est rédacteur en chef du magazine américain Foreign Policy, qui traite d’économie, de politique internationale et de mondialisation. Il est donc bien placé pour tracer le portrait de l’économie mondiale illicite qui est, vous l’aurez deviné, le sujet de cet essai.

Le champ couvert est vaste : du piratage de logiciels et disques compacts jusqu’au trafic d’organes et d’êtres humains, en passant par le commerce de la drogue, des armes et de la technologie nucléaire. Naím précise cependant que le temps où chacun de ces commerces était pratiqué par des trafiquants spécialisés est révolu. Aujourd’hui, affirme-t-il, les criminels se sont eux aussi convertis à la mondialisation. Ou, plutôt, ils ont appris à en tirer largement profit. Maintenant, ce sont de vastes réseaux opportunistes qui sont actifs dans toutes sortes de commerces illicites, et même parfois légaux. Les profits qu’ils en tirent sont colossaux.

L’auteur affirme que c’est à la faveur des importants changements politiques et économiques que le monde a connus depuis les années 1990 que le crime mondialisé a tant prospéré. À tel point que, selon lui, le monde est maintenant partagé entre deux pôles. Il ne s’agit pas ici d’opposition entre l’Est et l’Ouest ou entre le Nord et le Sud mais plutôt de quelque chose de nouveau et de méconnu : le heurt entre les points phares et les « trous noirs géopolitiques ». D’une part, les points phares sont les pays ou régions du monde où les gouvernements exercent vraiment leur autorité. D’autre part, par analogie avec les trous noirs en astrophysique, ces zones de l’univers où ne s’appliquent pas les règles normales de la physique newtonienne, l’auteur appelle « trous noirs géopolitiques » les pays ou régions plus ou moins livrés à l’anarchie et au contrôle d’organisations criminelles. Et c’est à partir de ces trous noirs géopolitiques que de nombreux réseaux criminels pratiquent leurs trafics vers les points phares.

Naím déclare qu’il est impératif que la lutte contre ces réseaux s’adapte à la nouvelle réalité. Et que les citoyens des points phares comprennent l’implication de leur geste lorsqu’ils participent, comme clients, aux trafics illicites.

Cet essai est passionnant pour les gens qui s’intéressent à l’économie et à la politique internationales.

Publié le 8 octobre 2007 à 9 h 02 | Mis à jour le 8 octobre 2007 à 9 h 02