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Anne-Marie Cloutier

LE DÉPIT AMOUREUX

CRÉATEURS ET CRITIQUES AU THÉÂTRE

Fides, Montréal, 2005
235 pages
24,95 $

S’ils ne sont pas carrément antagonistes, les rapports que le milieu du théâtre québécois entretient avec la critique sont à tout le moins tendus. Règle générale, les comédiens et les créateurs interviewés par Anne-Marie Cloutier dans le cadre de son enquête reprochent aux chroniqueurs culturels le peu d’éthique professionnelle dont ils font preuve, leur mépris à l’égard du travail artistique, leur manque de culture, de rigueur, de perspective, bref leur incompétence. Trop souvent la critique se confond avec le billet d’humeur où foisonnent les bons mots, les formules lapidaires et les jugements péremptoires du style : « J’aime ; j’aime pas », « Allez-y ; n’y allez pas ». Quand on songe à l’impact que produit ce genre de commentaires sur la fréquentation des salles, on comprend l’exaspération des artisans de la scène. En comparaison, pratiquer sérieusement son métier, lorsqu’on se prétend critique, demande de réelles capacités d’analyse et de réflexion : il faut pouvoir rendre compte de l’œuvre et de ses enjeux, comprendre l’objet qui est présenté au public ainsi que sa logique, expliquer la démarche artistique qui sous-tend la production, entrer en dialogue avec la pièce, la situer dans son contexte, dévoiler sa structure, le tout en déployant, de préférence, un style personnel. À cela les critiques de théâtre convoqués par l’auteure répondent que les contraintes auxquelles ils sont soumis se répercutent sur leur travail : ils doivent composer avec la concentration de la presse, les délais serrés, le peu d’espace dont ils disposent dans les journaux, la prédominance du discours promotionnel. Voilà un aspect du métier où semblent converger les opinions : les uns et les autres ne pointent-ils pas du doigt la confusion qui s’est installée entre information et spectacle, entre objet d’art et produit de consommation, entre critique et chronique, entre culture et divertissement ? On peut trouver les comédiens susceptibles, mais on ne peut nier qu’il y a lieu de s’interroger sur la manière dont les médias rendent compte de l’activité théâtrale au Québec. À ce chapitre, Le dépit amoureux est un livre nécessaire.

Publié le 18 septembre 2005 à 17 h 08 | Mis à jour le 18 septembre 2005 à 17 h 08