Christian Quesnel, Danièle Vallée

LE D2UX

David, Ottawa, 2004
103 pages
29 $

Lorsque deux esprits artistiques combinent leurs talents, le résultat possède souvent une qualité rare qui retient l’attention des lecteurs. C’est le cas du livre Le D2ux, rédigé par Danièle Vallée et illustré par Christian Quesnel. Cette œuvre, mélange harmonieux de mots et d’images, surprend par son aspect durement réaliste.

Inspirée par sa propre vie, Danièle Vallée raconte les difficultés de la communication humaine à travers vingt-trois récits. Chacune de ces courtes histoires a pour cadre l’autobus numéro deux que doit prendre la narratrice. C’est d’ailleurs à travers le regard de cette femme que le lecteur peut vivre les situations cocasses ou étranges liées au transport en commun.

Dès l’abord, ce je agresse par son attitude méprisante. Pour une raison obscure, il dénigre sans remords les gens qui l’entourent comme s’il en voulait au monde entier d’exister. Puis, au fil des récits, ces réactions laissent transparaître une peur des autres plutôt qu’une haine profonde, ce qui rend la narratrice plus attachante. En effet, chaque situation dévoile une incapacité de communiquer, causée soit par une différence de langage, soit parce que chacun s’emmure et rêve de pouvoir atteindre l’autre sans effort. Quand ce n’est pas une simple impossibilité de se comprendre, c’est une étroitesse d’esprit qui pousse les passagers, incluant la narratrice, à se fermer à toute compatibilité humaine.

De magnifiques tableaux créés par Christian Quesnel accompagnent les textes et reflètent la tristesse qui émane du propos. Des formes humaines vagues et inquiétantes, peintes à l’acrylique ou à la gouache, esquissent certains détails des histoires. Soulignant l’atmosphère hermétique et oppressante de l’autobus grâce aux couleurs sombres, ces œuvres rendent parfaitement chaque récit.

Véritable théâtre quotidien, Le D2ux est un miroir de l’humanité. Il rappelle l’attachement viscéral qui unit les êtres malgré les différences respectives. La collaboration des deux artistes est, à cet égard, un exemple de partage et d’ouverture à l’autre.

Publié le 21 février 2005 à 17 h 09 | Mis à jour le 21 octobre 2014 à 13 h 32