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Numéro 81

Sylvie Massicotte

LE CRI DES COQUILLAGES

L’instant même, Québec, 2000
120 pages
16,95 $

Avec Le cri des coquillages, Sylvie Massicotte publie, après L’œil de verre (1993) et Voyages et autres déplacements (1995), son troisième recueil de nouvelles aux éditions de L’instant même. Vingt-trois textes bien tassés ‘ dont sept seulement déjà parus ‘ qui, pour la majorité, proposent un univers contrasté où le rythme de l’écriture, le ton et les thèmes abordés s’opposent pour mieux frapper l’imaginaire.

Des textes courts et concis ‘ plusieurs ne comptent que deux pages, le plus long onze ‘ et des phrases à l’avenant : l’écriture de Sylvie Massicotte respire vite, parfois de façon saccadée, mais le plus souvent énergique. On est d’abord entraîné par le rythme vif et alerte de l’auteure qui a également écrit pour la jeunesse, la photographie et le cinéma en plus d’être parolière de chansons pour Dan Bigras et Luce Dufault, entre autres. Mais bientôt, dans bon nombre de nouvelles, une sorte de tension, née du contraste entre ce rythme vigoureux, le ton grave et la profondeur des récits, s’installe et perdure.

C’est que ce qu’on y raconte est tout sauf léger. Le narrateur, tour à tour personnage adulte, enfant ou adolescent, est confronté à ces moments charnières où le quotidien bascule dans le difficile, le complexe ou même l’insoutenable : avortement (« L’ange ou la bête »), pédophilie (« Le corridor »), mort (« Désert désordre », « Rester là »), crises d’identité et difficultés de vivre (« L’inaptitude », « Le cri des coquillages », « Démuni »), méandres des liens amoureux ou familiaux (« Les trésors », « La cabane », « Marie », « Maria », « De rien du tout », « L’ours »). Dans quelques nouvelles, toutefois, Sylvie Massicotte opte pour un ton ironique frôlant parfois le dérisoire ou mêlé d’une certaine tristesse. Le résultat est plus inégal. Si certaines font sourire (« La bouchée », « L’arrivée »), la chute de quelques autres tombe dans la facilité (« Marcil ou moi ») et même dans le cliché (« La saison »).

Peut-être est-ce la juxtaposition de textes graves, tous excellents, et de textes plus légers qui rend ces derniers agaçants ? Le cri des coquillages est néanmoins un très bon recueil. Concentré dans une même veine, il aurait cependant gagné en force et en intensité. Les mélanges ne sont pas toujours heureux.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21