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Numéro 83

Jean Désy

LE COUREUR DE FROID

XYZ, Montréal, 2001
100 pages
16,95 $

« Je vivais dans un village inuit et j’étais heureux ». Avec plus de 15 livres édités, où se côtoient le récit, le roman, l’essai et la poésie, Jean Désy dit et redit toujours son amour du Grand Nord, de l’espace et de la lumière, de l’air pur, de la médecine qu’il y pratique auprès de gens qui respectent la vie et ne craignent pas la mort. Il ne peut plus vivre au sud, dans le chaos des urgences, dans une société rangée et inhumaine où la mère de leur enfant l’a brutalement repoussé, « un univers sédentaire qui fait douter de l’existence de l’âme. » Il aime l’aventure, la pêche et la chasse qui permettent de se nourrir, le calme et la beauté de la nature, les longues marches solitaires ; mais il est aussi amoureux d’une femme Inuit et de l’enfant resté près de sa mère. Aussi décide-t-il de charger le traîneau, de partir seul sur sa motoneige et d’aller chercher Marie. C’est l’hiver, la neige et le blizzard, le froid intense, la traversée hasardeuse de la toundra … et l’accident causé par une branche de frêne qui barre le passage. Commence un long périple à travers des espaces déserts, des lacs et des rivières gelés ; à l’affût de gibier pour se nourrir ou d’un abri pour dormir, le narrateur affronte le froid et la solitude, et s’il aime la vie, il est toujours prêt à mourir. À 50 km de Schefferville, il humera l’odeur de fumée et de bacon grillé, verra cet homme devant un cabanon, qui mourra bientôt du cancer. Le renard apprivoisé qui l’y mènera est-il le seul élément magique qui permet de dire que c’est un roman ? Jean Désy a dû lui-même défier l’hiver à 40 degrés sous zéro, affronter la faim, les pieds gelés, le coup de hache blessant le tibia, la déraison et la joie !

Une écriture simple, sensible aux détails, respirant la vie, poétique aussi, nous entraîne avec cet homme au fond de lui-même pour saisir le sens de sa vie. Pourquoi nous parle-t-il de Dieu, de l’enfer et de l’âme, après avoir tué un caribou dont il mange le cœur et boit le sang ‘ « L’Idée ne suffit pas pour survivre, il faut la Foi, irrationnelle Foi en la folie amoureuse qui mène toute vie. »

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 20 h 53