Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LE COLLIER ROUGE

Numéro 142

Jean-Christophe Rufin

LE COLLIER ROUGE

Folio, Paris, 2015
163 pages
12,95 $

Le centenaire de la guerre de 1914-1918 a été marqué par la parution de quelques livres dont certains d’une grande originalité, comme ce roman.

Pourquoi le jeune Morlac, héros décoré pour son comportement héroïque sur le front de l’Est, est-il retenu prisonnier dans la cellule d’une ancienne caserne d’une ville du Berry ? Et pourquoi un chien au collier rouge ne cesse-t-il de hurler à proximité ? Un juge militaire est venu enquêter sur le cas de Morlac. C’est sa dernière mission.

Petit à petit, au fil de son enquête, nous découvrons avec lui l’itinéraire de ce jeune homme que les gendarmes sont venus chercher au temps des labours dans les champs où il se sentait plus utile qu’à l’armée. Mobilisé malgré lui, il évoque, au fil des visites du juge, ce qui l’a finalement mené sur le front de l’Est et la difficile condition des soldats dans les tranchées. Il nous fait revivre la campagne des Balkans jusqu’au moment où il est récompensé et décoré pour avoir « pris une part décisive dans une attaque contre les forces bulgares et autrichiennes », ce qui lui a valu la Légion d’honneur, une décoration rarement accordée à un simple lieutenant, lui fait remarquer le juge. Pourquoi se retrouve-t-il ensuite emprisonné pour « outrage à la nation » ? On n’apprendra que dans les toutes dernières pages quel est cet acte provocateur et quelle part revient au chien dans l’acte héroïque comme dans l’outrage.

Le juge, compatissant, voudrait faire avouer à Morlac qu’il a agi sous l’emprise de l’alcool, mais le jeune homme s’obstine à répéter qu’il n’était pas soûl et qu’il ne regrette rien, qu’il ne veut pas qu’on dénature le sens de ses actes, et dénonce les profiteurs et les imbéciles qui envoient les autres à la guerre.

On sourit parfois lorsque le juge, qui s’intéresse aussi de très près au chien au collier rouge, rencontre la vieille femme qui le nourrit et que celle-ci le prend pour le vétérinaire. Mise au courant de l’enquête, elle espère que le jeune maître ne sera pas condamné. « Pendant quatre ans, dit-elle, ils sont venus chercher nos gamins pour les tuer, mais maintenant, la guerre est finie. »

Un livre sans longueur et d’une grande richesse humaine, inspiré d’un personnage réel auquel l’auteur a voulu rendre hommage.

Publié le 12 avril 2016 à 8 h 45 | Mis à jour le 23 juin 2016 à 13 h 05