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Danielle Dubé

LE CARNET DE LÉO

XYZ, Montréal, 2002
200 pages
22,95 $

Le dernier roman de Danielle Dubé raconte les événements survenus depuis la mort de Léo, le père de la narratrice, voyageur de commerce de son métier, jusqu’à la naissance d’une nièce prénommée Juliette, quelque un an plus tard. Sur cette toile de fond chronologique se profile une série de tableaux analeptiques (c’est-à-dire composés de retours en arrière), en l’occurrence des souvenirs familiaux dont la remontée en mémoire est souvent provoquée par des incidents en eux-mêmes anodins : la redécouverte d’une photo, d’une carte postale ou d’une lettre, la lecture du carnet d’affaires du défunt, la rencontre d’un ami de ce dernier…

Des titres d’œuvres de même que de nombreux noms d’écrivains, de musiciens, d’acteurs et de peintres ponctuent la lecture du Carnet de Léo. Plusieurs de ces écrits et de ces auteurs suggèrent d’intéressants parallèles avec Léo, et parmi ceux-ci, citons Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller, l’Odyssée d’Homère et, surtout, le célèbre Don Quichotte de Cervantès, mentionné à de multiples reprises. Loin de trahir un arbitraire maladroit ou un étalage de mauvais goût, ces rapprochements, au contraire, se font généralement avec naturel.

De tels éléments concourent à la mise en valeur de ce qui définit, à mon sens, l’intérêt principal du roman, à savoir l’heureux dosage réalisé entre l’évocation de faits biographiques (et fort probablement autobiographiques, mais peu importe) et le rappel de souvenirs onirisés, revécus au lendemain du décès. C’est petit à petit, pour ainsi dire en pièces détachées, que le récit révèle le jardin secret d’un homme plutôt discret, en quête de lui-même, dans l’intimité duquel on avance à pas feutrés. Pour ce faire, la narratrice utilise régulièrement, entre autres moyens, la phrase nominale, qui confère aux mots dès leur mise en évidence une charge sémantique et émotive plus intense. Ainsi, plutôt que de confiner à une plate reconstitution historique ou à la création d’un univers sentimental facile, le roman convoque le lecteur à une pertinente réflexion sur la nature du polyvalent Léo. Le centre de ce questionnement est sans doute le texte lu par la narratrice lors des funérailles québécoises de ce père mort d’un arrêt cardiaque aux États-Unis : cette page, d’où toute sensiblerie pleurnicharde est exclue, est à la fois un magnifique poème lyrique en prose, un lucide bilan de vie, une fine analyse d’âme et un émouvant hommage filial.

Publié le 7 août 2003 à 14 h 09 | Mis à jour le 7 août 2003 à 14 h 09