Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LE BLANC DES YEUX

Hélène Monette

LE BLANC DES YEUX

HÉLÈNE MONETTE

Boréal, Montréal, 1999
145 pages
19,95 $

Ce recueil, composé de textes en prose ainsi que de poèmes, parle de la souffrance qui nous menace, de notre planète qui s’éteint. Nous tous, comme la « réalité », sommes épuisés. On ira même, dans l’excès de douleur, jusqu’à exiger le suicide dans cet univers de significations incertaines, fragiles. Tout est tragédies, massacres et tueries. La société a le vertige de sa propre incertitude. Hélène Monette écrit : « […] c’est la société sur la terre de tous / qui rend l’humanité conforme / aux bozos de la définition plate / le zéro est conforme / et le reste, c’est la terre dans un coin / qui n’en peut plus de suer ».

Nous, les humains, nous n’avons pas à nous vanter d’habiter cette planète qui, globalement, se désintègre, ne laissant place qu’au vide. On pense ici à Unless (Boréal, 1995) et son anti-quête. Tout semble se dérouler sous le signe d’une lassitude et d’une folie qui brisent carrément tant les individus que les sociétés. Il ne reste donc que la compagnie du gouffre quand le vide et la folie, tels des ouragans, ont tout détruit sur leurs passages. C’est ainsi que s’instaure le règne grinçant de la solitude, du silence et du délire sur une planète morte où « vivre devient innommable ». Nous sommes dévastés, néantisés, interdits de mémoire et d’espoir. « Et la terre ne se souvient pas. Ses forêts et ses plaines se souviennent, du fin fond du magma, le cri de la terre retentit dans un écho éternel, les charniers, les fosses communes, partout, là, des vies, mais la terre ne se souvient pas. Elle est immédiatement l’histoire. »

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 29 janvier 2015 à 15 h 45