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Marcel Myre

L’AUTRE MARIE MORIN

UNE FEMME ABANDONNÉE EN NOUVELLE-FRANCE 1667-1748

Septentrion, Sillery, 2004
169 pages
19,95 $

Le Septentrion, réputé pour ses publications en histoire, ouvrages de vulgarisation et livres savants, réserve une bonne place aux histoires de famille, comme celle que retrace ici Marcel Myre. L’ingénieur de formation emploie sa retraite à des recherches sur la généalogie et l’histoire régionale. L’autre Marie Morin est son troisième ouvrage. « L’autre », pour dire que la Marie Morin en question n’est pas celle dont parlent les historiens, cette Dame religieuse hospitalière de Montréal qui exerça plusieurs fonctions, dont celle de rédiger les Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, et qui vécut de 1649 à 1730. Non, l’ancêtre de Marcel Myre, décédée à l’âge de quatre-vingt-un ans, a été mariée trois fois, la première à l’âge de douze ans, avec un aventurier de trente ans qui fuira vers la Nouvelle-Angleterre avec la sœur de sa femme, quelques mois à peine après son mariage. D’où le sous-titre, Une femme abandonnée en Nouvelle-France.

L’histoire de cette femme, intimement liée à celle de sa famille, est constituée des chroniques se rapportant à ses père, mère, frères et sœurs, à ses maris et enfants de même qu’à l’histoire du développement de la région de Montréal. L’auteur établit la filiation au moyen des contrats, actes notariés, registres paroissiaux des baptêmes, mariages et inhumations. Comment trouver autrement la trace des premiers colons, illettrés pour la plupart, et dont l’héroïsme tout consacré à la lutte pour la survie est resté anonyme ? Car la vie est rude dans la colonie. Outre le dur labeur, les épreuves causées par la pauvreté, la maladie, les grossesses nombreuses, les morts prématurées sont monnaie courante. Sans compter la peur suscitée par les embuscades souvent meurtrières des Iroquois, qui ne cesseront qu’avec la signature de la paix en 1701.

Rigoureux, l’auteur ne se permet d’interpréter que sources à l’appui. D’où la reproduction de plusieurs extraits d’actes notariés, qui offrent un portrait de la langue écrite de l’époque alors que la grammaire et l’orthographe ne sont pas encore fixées, en plus de nous instruire des mécanismes de régulation sociale de la colonie. De la petite histoire, mais réalisée avec les moyens scientifiques de la grande.

Publié le 2 juin 2005 à 13 h 27 | Mis à jour le 2 juin 2005 à 13 h 27