Michel Houellebecq

LANZAROTE

Flammarion, Paris, 2000
90 pages
39,95 $

Après avoir fait paraître un disque de rock atmosphérique, Houellebecq s’attarde encore un peu en dehors des sentiers du roman, le genre qui l’a pourtant rendu extrêmement célèbre. Il s’agit d’un très beau coffret de deux livres, rassemblant un récit et des photographies ayant pour thème l’île de Lanzarote, située parmi les Canaries. Mais ce serait mal connaître l’auteur que de s’attendre à un voyage dénué d’équivoque. Un fois lu le fameux récit, on ne regarde en effet plus de la même façon les paysages volcaniques représentés par les photographies du second livre, qui malgré leur qualité variable offrent un ensemble intéressant.

La chose pourrait sembler un appendice enjolivé aux Particules élémentaires : un personnage plutôt blasé trompe l’ennui en allant passer la première semaine de l’an 2000 sur une île peu touristique, où les principales attractions sont des amas de roches noires et des aménagements de cactus. Heureusement surviennent deux lesbiennes allemandes, qui voudront bien inclure le narrateur dans leurs jeux sexuels. Ils inviteront bien Rudi, un flic belge déprimé, à participer à leurs ébats, mais sa sourde dépression le précipitera plutôt vers la secte des azraéliens, en tous points conforme à celle de Raël, qui compte construire son ambassade extraterrestre sur l’île.

Mettant en scène le désarroi actuel de l’humanité occidentale, Houellebecq superpose les possibilités existentielles avec humour et gravité, sous-entendant une Apocalypse dont il se veut le chroniqueur. Chose certaine, cette acidité du regard soulage, sans qu’on partage nécessairement les pensées souvent méprisantes du protagoniste principal. Quelque chose se prépare dans la décadence et les destructions, mais il faudra peut-être, pour y assister, attendre autant de temps qu’il en a fallu pour voir se régénérer la vie sur le sol carbonisé de Lanzarote. « [ ] ce qui était arrivé à Rudi aurait pu arriver à chacun de nous ; plus personne n’était à l’abri. Aucune position sociale, aucun lien ne pouvait plus être considéré comme assuré. Nous vivions les temps de tout avènement et de toute destruction possibles. »

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 18 h 06