Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > L’AFFAIRE SOUGRAINE

Pamphile Le May

L’AFFAIRE SOUGRAINE

Édition établie, présentée et annotée par Rémi Ferland

De la Huit, Sainte-Foy, 1999
373 pages
23,00 $

Publié pour la première fois en 1884, le troisième roman de Pamphile Le May, L’affaire Sougraine, nous est aujourd’hui offert dans une nouvelle édition qui a le grand avantage de rassembler le dossier de l’œuvre à la façon des ouvrages critiques. En effet, non seulement Rémi Ferland établit, présente et annote abondamment le texte, mais encore il l’accompagne de documents variés et nombreux dont les surprenantes et volumineuses archives judiciaires relatives à l’« affaire ». Car Pamphile Le May s’inspire de faits authentiques, à savoir l’escapade durant plusieurs mois de deux amants qui se retrouvent bientôt devant les tribunaux : une jeune fille de seize ans, Elmire Audet, s’est enfuie avec un Abénaquis presque quinquagénaire, Louis Sougraine, que l’on accuse du meurtre de sa femme.

Pressentant le verdict d’acquittement de l’accusé, le romancier imagine une suite à cette aventure en lui faisant subir d’importantes transpositions événementielles et temporelles et en orientant l’intrigue vers une critique sociale marquée de la bourgeoisie de Québec. En ce sens, L’affaire Sougraine est un roman de mœurs, encore qu’il participe aussi du roman d’aventures, qui connut au Québec une recrudescence marquée dans le dernier quart du XIXe siècle, l’aspect gothique en moins. On y retrouve en effet les procédés conventionnels du genre, dont l’accumulation atteint souvent l’invraisemblance : fuites et poursuites, complot, meurtre, chantage, capture, double identité, révélations, reconnaissances, lettres incriminantes, conversations surprises, évanouissement, retrouvailles, coïncidences, intervention du hasard (ou de la Providence, selon le très moralisateur et très manichéiste Le May)… À cela s’ajoute le classique triangle amoureux, ici transformé en rectangle puisque la vertueuse héroïne est courtisée par trois prétendants à la fois, soit deux « méchants » et un « bon », qui, bien sûr, l’emporte. Avec pertinence et justesse, Rémi Ferland souligne la « valeur documentaire » de cette œuvre témoin où le narrateur omnipotent multiplie les coups de force à la manière rocambolesque des feuilletonistes français du XIXe siècle.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 janvier 2015 à 15 h 59