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Numéro 84

John Katzenbach

L’AFFAIRE DU LIEUTENANT SCOTT

Trad. de l'américain par Jean-Charles Provost
Presses de la Cité, Paris, 2001
600 pages
29,95 $

La machine à best-sellers américaine est régulièrement l’objet d’attaques en règle de la part des défenseurs de la littérature dite « sérieuse », « canonique » (ou autre appellation contrôlée). Et pourtant, quel plaisir que celui de plonger, à l’occasion, dans une de ces briques dont on espère que l’intrigue nous gardera cloués sur notre siège pendant quelques heures. C’est le cas avec ce roman à suspense de John Katzenbach (dont j’avais déjà beaucoup apprécié Juste cause ) que je vous mets au défi de lâcher avant la fin L’action se passe durant la Seconde Guerre mondiale, dans un camp de prisonniers de Bavière où croupissent plus de trois mille aviateurs des Forces alliées. Un jour, la routine du camp est perturbée par l’arrivée d’un nouveau prisonnier, le lieutenant Lincoln Scott, un Noir américain, pilote de chasse formé à la célèbre base de Tuskegee. Scott devient l’objet de persécutions et d’injures racistes, en particulier de la part de Vincent Bedford, un capitaine de bombardier, originaire du Mississipi. Bedford ayant été assassiné, tout désigne le lieutenant Scott comme étant le coupable. Un procès est organisé et Tommy Hart, jeune avocat dans le civil, est chargé de la défense de Scott. Hart est convaincu de l’innocence de Scott mais il n’a que très peu d’expérience. De plus, dans le camp, tout le monde, ou presque, souhaite la condamnation et la mort de Scott. La partie de bras de fer qui s’engage alors entre les (rares) partisans de Scott et ses nombreux ennemis réserve bien des surprises au lecteur, au fur et à mesure que Hart mène son enquête interne, dans un contexte difficile et sous l’œil intéressé des autorités allemandes dont certains membres sont impliqués dans l’affaire. De surprises en rebondissements, l’auteur mène son intrigue à un train d’enfer tout en reconstituant avec un réalisme saisissant la vie dans un camp de prisonniers militaires.

Dans une note finale, Katzenbach signale qu’il s’est inspiré des mésaventures de son père, abattu au-dessus de l’Europe et qui a croupi dans un camp nazi pendant un bonne partie de la guerre. Ce livre combine à merveille le roman de guerre et le récit de procédure judiciaire.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 12 janvier 2015 à 20 h 00